Répertoire

Schafer, R. Murray

(1933-)

Résumé biographique

Olga Ranzenhofer et Jean Portugais

Né à Sarnia en Ontario en 1933, R. Murray Schafer s'est fait une réputation internationale non seulement en ce qui a trait à son œuvre de compositeur, mais aussi à titre d'éducateur, d'environnementaliste, d'écrivain et d'artiste visuel.

Par son exploration unique des relations entre la musique, les exécutants, le public et l'environnement matériel et naturel et, par l'originalité et la force de sa musique, R. Murray Schafer s'assure depuis de nombreuses années d'une solide réputation internationale et de l'estime d'un vaste public.

Son catalogue contient pas moins de 120 œuvres musicales et une quarantaine de livres.

Il est joué à travers le monde et a reçu de nombreuses distinctions.

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Quatuor n° 1 (1970)

Olga Ranzenhofer et Jean Portugais

  • Composé à Vancouver et Toronto, avril et mai 1970
  • Commandé par le Quatuor Purcell
  • Créé par le Quatuor Purcell à Vancouver le 16 juillet 1970
  • Prix Arthur-Honegger 1980

Écrit en 1970, le premier quatuor est l'œuvre d'un jeune et fougueux compositeur dont le langage fait déjà preuve d'une forte personnalité et d'une grande originalité. Dès cette première œuvre, les bases de l'écriture pour quatuor à cordes de Schafer sont jetées. On y retrouve de longues séquences en unissons aux quatre instruments, des motifs rythmiques accrocheurs, une intensité dramatique, un puissant lyrisme, des chants mélodiques au violon et l'utilisation expressive des quarts de tons et des glissandi.

La métrique chez Schafer est tantôt d'une précision absolue et sans équivoque, tantôt empreinte d'une liberté et d'un souffle magiques. L'utilisation de repères de minutage en tant que guides de durée permet ce jeu de liberté «contrôlée». Ce premier quatuor s'ouvre par une section de plus de quatre minutes d'une intensité peu commune.

Les quatre instruments sont amalgamés les uns aux autres et chacun d'eux essaie tant bien que mal de se libérer de l'emprise du groupe. Finalement c'est le deuxième violon qui se libère complètement et cette brisure mène à une section plus calme et lyrique. Cette section, tranquille, arrive comme une surprise.

Après quelques hésitations (glissandi de quart de ton), le premier violon entame un chant soutenu par les autres instruments au moyen d'une séquence microtonale de huit notes dans un intervalle d'un demi-ton. Un dialogue expressif des violons encadre les deux sections microtonales, la seconde étant brodée de gammes chromatiques du premier violon.

Commence alors un jeu rythmique donnant l'impression d'horloges peu à peu décalées les unes des autres. Ce jeu entre le deuxième violon et l'alto témoigne que les instruments ne sont plus tout à fait liés et que la rupture est devenue inévitable. Cependant, les quatre instruments se retrouvent ensuite pour une longue séquence à l'unisson débutant dans le pianissimo et l'hésitation. Chaque musicien tentera encore une fois de se libérer de l'emprise du groupe, comme s'il cherchait à sauter hors de ce train qui file à un rythme de plus en plus infernal. Une nouvelle brisure mène à la coda en forme de clichés photographiques nous rappelant les différents épisodes du quatuor.

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Quatuor n° 2 (1976)

Olga Ranzenhofer et Jean Portugais

  • Composé à Monteagle Valley, Ontario, janvier-octobre 1976
  • Créé par le Quatuor Purcell à Vancouver le 24 novembre 1976
  • Prix Jules-Léger pour la nouvelle musique de chambre en 1978

« On ne peut pas entrer deux fois dans le même fleuve. »
-Héraclite

Le deuxième quatuor est inspiré des recherches du World Soundscape Project dans lequel Schafer a étudié les phénomènes acoustiques de l'environnement naturel et urbain. Ce quatuor est sous-titré Waves et dépeint le rythme du bris et du ressac des vagues des océans Atlantique et Pacifique des côtes canadiennes. Les recherches de Schafer ont montré que le rythme des vagues est toujours asymétrique mais que le temps écoulé entre chacune d'elles se situe presque toujours entre six et onze secondes. La structure et le rythme de ce deuxième quatuor sont basés sur ce temps marin. Œuvre impressionniste et pleine de subtilités, ce second quatuor offre un grand contraste avec le premier.

Bien que le compositeur nous assure que la musique de ce quatuor n'est pas descriptive, on ressent à l'écoute de Waves tant les subtilités et le murmure de l'eau calme que la force et l'élan des vagues en haute mer. D'une richesse et d'un raffinement éloquents, les textures de ce quatuor sont très impressionnistes et semblent sans cesse fuir vers l'avant en des transformations toujours renouvelées. Schafer emploie une écriture qui évoque la fluidité avec, par exemple, des motifs qui s'enchevêtrent, qui se dissolvent, qui jaillissent et qui se dispersent.

Les nombreux motifs qui parcourent l'œuvre sont sans cesse présentés sous de nouvelles formes rythmiques, de nouvelles nuances et de nouveaux tempi. Tel un Héraclite moderne, Schafer évoque le mouvement continuel de l'eau par des ondulations dynamiques en crescendi et diminuendi et par d'incessantes variations des motifs. Comme le rythme naturel des vagues, ce quatuor se déroule en cycles successifs de six à onze secondes.

C'est dans les dernières minutes du deuxième quatuor que débutent les jeux de spatialisations et de déplacements. La position physique des instrumentistes à la fin de l'œuvre sera d'ailleurs celle que l'on retrouvera au début du quatuor suivant.

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Beauty and the Beast avec mezzo-soprano (1979)

Olga Ranzenhofer et Jean Portugais

Composé en novembre 1979, l'opéra de chambre Beauty and the Beast de R. Murray Schafer fait partie de sa grande fresque Patria 3, appelé The Greatest Show. Le compositeur rejoint l'esprit fantastique du conte en créant une immense fête foraine dans laquelle les spectateurs deviennent les protagonistes. Le livret est une adaptation de Schafer du conte La Belle et la Bête de Jeanne Marie Leprince de Beaumont daté de 1757.

L'œuvre est très exigeante pour la voix soliste qui doit interpréter les cinq personnages sur un registre de presque trois octaves en plus de manipuler des masques. Tout comme dans certains opéras de Mozart où la part du dialogue est très importante pour faire avancer l'histoire, Schafer utilise la narration pour accélérer le déroulement de l'action. L'écriture pour quatuor à cordes est plutôt descriptive et le compositeur a même recours aux leitmotive pour souligner l'action. Le quatuor commente le texte et permet les transitions entre les différents personnages toujours interprétés par la seule chanteuse. De plus, les gammes par tons et les motifs fuyants sont caractéristiques de l'écriture pour cordes dans cette œuvre écrite juste avant son troisième quatuor à cordes.

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Quatuor n° 3 (1981)

Olga Ranzenhofer et Jean Portugais

  • Composé à Monteagle Valley, Ontario, juin 1981
  • Commandé par la Canadian Broadcasting Corporation pour le Quatuor à cordes Orford
  • Créé par le Quatuor à cordes Orford à Boston le 30 septembre 1981

Le troisième quatuor est une œuvre de contrastes et de grande puissance dramatique. Il est le seul des sept quatuors à cordes de Schafer qui soit écrit en trois mouvements. L'œuvre débute par une grande cadence de la violoncelliste, seule sur scène. Axée autour de la note la, cette section est fort dramatique et met en évidence les frottements microtonaux. Ceux-ci produisent des battements très puissants lorsque la tension entre deux notes est à son comble. Peu à peu, une phrase mélodique se dégage de l'emprise du pôle tonal la.

Tour à tour émergeant des coulisses et de derrière le public, les deux violons et l'alto font entendre des lignes musicales très contrastantes et non-convergentes entre elles, comme si chacun des instrumentistes jouait pour lui-même et non avec le groupe. L'écriture de ce mouvement est en effet très horizontale et les parties sont presque toujours indépendantes les unes des autres. Le mouvement se termine lorsque les quatre cordistes sont enfin réunis sur scène, dans la configuration habituelle du quatuor.

Le mouvement central est d'une grande force émotive et dramatique. Les attaques des notes et les accents sont renforcés par des effets vocaux rappelant les cris de karaté (, djê, dzi).

Schafer exige aussi des musiciens qu'ils crient d'autres vocables en rythme avec la musique (ba chi, om ba, da ba). Énergie, force et endurance sont nécessaires pour mener à terme ce mouvement dont le drame tourne parfois au comique.

Les unissons et le calme mystique du début du dernier mouvement offrent un contraste saisissant avec la musique précédente. La magie des quarts de ton crée alors une atmosphère méditative très émouvante. La rupture graduelle de l'unisson et le départ du premier violon laissent planer l'interrogation et le mystère sur la fin de cet étonnant quatuor à cordes. C'est en effet dans cette conclusion que Schafer introduit ce qu'il appelle les « sons fantômes » qui laissent l'auditeur dubitatif quant à la fin exacte de l'œuvre. Entendons-nous réellement la séquence ré-do-la du premier violon ou n'avons nous que l'impression d'entendre ces sons ravivés par notre mémoire?

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Thésée, quintette avec harpe (1983)

Olga Ranzenhofer et Jean Portugais

Depuis trente ans, R. Murray Schafer construit une colossale fresque intitulée Patria, un projet aux dimensions de Licht de Stockhausen, constitué d'un prologue, de dix longues parties et d'un épilogue. Chacune de ces parties comprend de nombreuses œuvres. L'épilogue à lui seul, une sorte de rituel initiatique en forêt, dure huit jours complets ! Chacune de ces «journées» du décalogue de Schafer se rattache à une culture -réelle ou imaginée- et à une époque de l'humanité. Theseus s'intègre à Patria V qui s'intitule The Crown of Ariadne et dont toutes les œuvres sont inspirées de thèmes de la mythologie grecque. (*)

Theseus a été écrit en 1983 à l'intention de la harpiste torontoise Judy Loman et du Quatuor à cordes Orford. L'œuvre a été créée à Toronto le 28 janvier 1986.

Le motif d'Ariane, que nous retrouvons également dans plusieurs Quatuors à cordes de Schafer (5e, 6e et 7e) est utilisé comme matériau de base de ce quintette (**). Ce quintette s'inspire du mythe de Thésée et le Minotaure. Écrite en un mouvement unique, l'œuvre comprend plusieurs sections aux caractères contrastants.

Le début, mystérieux avec ses glisssandi de cordes, semble évoquer la solitude et les dangers du labyrinthe dans lequel Thésée s'est aventuré. Les traits rapides de la harpe, imités ensuite par les cordes, nous entraînent dans les mondes étranges du labyrinthe. Plus loin, un thème lyrique qui tournoie sur lui-même est joué en unisson par les cordes tandis que la harpe s'envole librement en arabesques. Un long crescendo nous mène au combat dramatique entre Thésée et le Minotaure. La série de coups qui seront fatals au Minotaure sont illustrés par la harpiste qui frappe d'une baguette métallique les cordes graves de l'instrument tandis que le quatuor soutient un accord aigu d'une grande intensité. L'instant d'après, la musique s'éclaircit et le thème d'Ariane prend de plus en plus de place. Symboliquement, c'est le triomphe de Thésée et la joie du retour.

On retrouve dans Theseus une impressionnante osmose entre la harpe et les instruments du quatuor. Cette osmose est sensible à travers les pizzicati, glissandi, chromatismes, sons harmoniques et sons percussifs.

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(*) Pour plus de renseignements, consulter : http://www.patria.org/pdp/. [Retour au texte]

(**) Cf. J. Portugais et O. Ranzenhofer (2000). Îles de la Nuit. Parcours dans l'œuvre pour quatuor à cordes de R. Murray Schafer. Circuit musiques contemporaines, volume 11, numéro 2, Les Presses de l'Université de Montréal, pp. 14-54. [Retour au texte]

 

Quatuor n° 4 (1989)

Olga Ranzenhofer et Jean Portugais

  • Composé à Indian River, Ontario, terminé le 5 janvier 1989
  • Commandé pour le 20e anniversaire du Quatuor Purcell grâce au soutien du Conseil des Arts du Canada et de M. et Mme Dr Roland Bowman
  • Créé par le Quatuor Purcell avec Margarita Noye , soprano et Joan Blackman, violon, à Vancouver le 18 avril 1989

Après une pause de sept ans, Schafer se remet à l'écriture pour quatuor grâce à une commande du Quatuor Purcell. Cette œuvre commencée à la fin de 1988 et terminée en janvier 1989, reprend et intègre des éléments de son grand cycle Patria. Le quatuor commence avec des accords mystérieux soutenant le premier violon qui entame son chant depuis l'arrière-scène. Après ce début très lyrique, la tension dramatique monte avec de brillants passages à l'unisson du trio. Le premier violon apparaît alors enfin sur scène pour entamer le dialogue. Le calme revient avant l'explosion rythmique et pleine d'entrain de la seconde section de l'œuvre qui rappelle Chostakovitch. Brillantes envolées, ostinati, glissandi et cascades de pizzicati expriment alors la joie de vivre et le bonheur.

Cette section est de forme A - A' : les éléments de la première partie étant modifiés, développés et présentés dans une nouvelle succession.

La mort prématurée de son ami, le poète de renom bp Nichol, influença Schafer dans l'écriture de ce quatuor. Nichol avait participé peu avant son décès à la grande fresque Patria et y joua le rôle de présentateur. En sa mémoire, Schafer intègre à son quatuor un des thèmes joués par Nichol. La troisième section est annoncée par trois violents agrégats d'accords dissonants, sortes de coups du destin. Après ce choc, cette musique mystérieuse et très intérieure serait-elle l'instant de recueillement du compositeur face à la mort de son ami ? L'émotion y est très tangible.

À la fin de l'œuvre, lorsque soutenus par les harmoniques du quatuor, une voix et un violon se font entendre depuis l'arrière-scène, l'atmosphère est irréelle... comme si ces voix nous parvenaient de l'au-delà. Laissons au compositeur le soin de conclure à ce propos : «Un autre élément qui m'a influencé pour l'utilisation de la voix dans ce quatuor est la nouvelle de E. T. A. Hoffmann, The Cremona Violin (Rath Krespel) dans laquelle un luthier fou empêche sa fille, qui a une voix superbe, de chanter. Un soir, elle chante et meurt. Au moment de sa mort, le violon de son père se fend. Elle était l'âme de l'instrument. La chanteuse réapparaîtra dans le septième quatuor, sous la forme d'un spectre dément.»

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Quatuor n° 5 «Rosalind» (1989)

Olga Ranzenhofer et Jean Portugais

  • Composé à Indian River, Ontario, terminé le 4 octobre 1989
  • Commandé pour le 25e anniversaire du Quatuor à cordes Orford par Stan Witkin et le Conseil des arts de l'Ontario
  • Créé par le Quatuor à cordes Orford à Toronto le 17 décembre 1989

Commandé par l'homme d'affaires torontois Stan Witkin, ce cinquième quatuor à cordes de Schafer a été offert en guise de cadeau de cinquantième anniversaire à Rosalind, l'épouse de l'homme d'affaires. Cette œuvre, écrite dans la continuité du quatrième quatuor, débute avec l'exacte phrase finale de celui- ci et en reprend les qualités lyriques.

De caractère parfois très romantique et sensuel, cette œuvre sous-titrée Rosalind, offre aussi des sections très entraînantes et envoûtantes où se superposent des rythmes complexes. La grande variété de jeux de caractères et la rapidité avec laquelle les épisodes se succèdent, distinguent ce quatuor de ses prédécesseurs.

Le compositeur a livré à Montréal ses intentions concernant ce cinquième quatuor : «Ma préoccupation majeure était d'écrire une pièce représentative de ce que j'appellerais le temps existentiel. Qu'est- ce que ça veut dire ? Je parle du temps tel que nous le percevons entre une tasse de café et un mal de dents.

«Partout dans nos vies, le temps est structuré pour nous. La musique est une de ces structures; le rythme, la durée, le temps, la forme, le mouvement, tous ces éléments projettent une sorte de facticité par rapport à nos changements d'humeur. Je voulais créer une pièce où la modulation d'un état à un autre ne permettrait pas à l'auditeur de cerner le moment précis du changement. P our un jeune compositeur, il est très difficile d'établir des liens entre deux idées différentes. Les idées viennent facilement, la façon de les intégrer requiert toutefois plus de travail. Pour moi, un grand compositeur se distingue par sa façon de pouvoir créer des modulations indécelables d'un état à un autre; et il est d'autant plus étrange de constater que ce processus est extrêmement difficile quand on réalise que c'est le déroulement naturel de la vie. «Les deux principaux thèmes de l'œuvre sont tirés de Patria , l'œuvre maîtresse de Schafer. Nous y retrouvons le thème du loup qui est une traduction musicale libre du hurlement de l'animal ainsi que le thème d'Ariane dont l'amplitude lui confère un caractère lyrique. Ce dernier thème peut être considéré comme le fil d'Ariane des quatuors de Schafer. En effet, il est présent dans de nombreux quatuors et a toujours une importance significative. Ces deux thèmes seront variés et même juxtaposés tout au long de ce cinquième quatuor.

Le chatoiement des crotales jouées par les membres du quatuor à la toute fin de l'œuvre produit un effet saisissant au moment où l'on entend justement le thème d'Ariane une dernière fois.

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Quatuor n° 6 Parting Wild Horse's Mane (1993)

Jean Portugais et Olga Ranzenhofer

  • Composé à Indian River, Ontario terminé le 3 mars1993, copié et révisé le 13 avril 1993
  • Commandé par Michael Kœrner, le Conseil des Arts du Canada et la Canadian Broadcasting Corporation pour le Scotia Festival
  • Créé au Scotia Festival par le Quatuor Gould en juin 1993

Le sixième quatuor tire sa forme, sa structure et son élan de la série des 108 mouvements de l'art martial chinois du Tai Chi. Dans ce quatuor, les liens qui unifient le cycle des quatuors de Schafer atteignent leur apogée. En effet, presque tout le matériau musical de ce sixième quatuor est tiré des cinq quatuors précédents. Un véritable tour de force du compositeur! Un seul nouveau thème y apparaît, celui de la forêt, appelé Tapio. Ce thème sera repris et développé à souhait dans le septième quatuor. En guise d'exemple de cette grande maîtrise d'écriture de Schafer, mentionnons que dans certains épisodes du sixième quatuor, les quatre instrumentistes jouent simultanément des passages tirés de quatre quatuors différents!

Art martial chinois, le Tai Chi est une gymnastique mentale et physique. Les gens qui le pratiquent lui reconnaissent de nombreux effets bénéfiques tels l'accroissement du niveau de concentration, la réduction du stress, le développement de la flexibilité, l'augmentation de la coordination et de l'équilibre. Les mouvements du Tai Chi sont en général lents. Dans le sixième quatuor, l'esprit particulier du Tai Chi est repris et intégré à la musique.

La séquence complète du Tai Chi comporte 108 mouvements dont 58 sont différents. Le quatuor s'ensuit de même avec 108 sections fondées sur 58 idées distinctes, elles-mêmes issues de thèmes communs.

La musique de ce quatuor est d'une fluidité étonnante. L'élan musical n'est jamais interrompu grâce aux subtiles transitions que Schafer emménage entres les sections. Puisque toute la musique de ce quatuor est tirée des oeuvres précédentes, nous retrouvons la force rythmique, les envolées lyriques, la maîtrise de l'écriture, la liberté agogique et la riche imagination si caractéristiques de Schafer.

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Quatuor n° 7 avec soprano obligé (1998, création 1999)

Olga Ranzenhofer et Jean Portugais

  • Composé à Indian River, Ontario, terminé le 15 décembre 1998
  • Commandé par le Quatuor Molinari avec l'aide de Radio-Canada (Montréal), de la Canadian Broadcasting Corporation (Toronto) et du Conseil des Arts du Canada
  • Créé en version concert par le Quatuor Molinari et le soprano Nathalie Paulin, à Ottawa le 4 mai 1999
  • Création en version scénique par le Quatuor Molinari et le soprano Marie-Danielle Parent, à Montréal, le 11 décembre 1999

Œuvre musicale à la fois violente et tendre, dansante et statique, exprimant la détresse aussi bien que la joie, ce quatuor avec soprano obligé se distingue des autres œuvres de Schafer par l'éclatement extrême des conventions classiques de l'écriture pour quatuor à cordes.

L'éclatement de la forme s'effectue dans cette œuvre à travers les nombreux solos, duos, trios, quatuors et quintettes qui permettent des effets sonores inédits et originaux. À un point encore jamais atteint dans les quatuors précédents, l'unicité de lieu n'existe plus. La scène, l'arrière-scène, les coulisses et les bas-côtés deviennent autant d'endroits d'où la musique arrive. La musique bouge. Un harnais spécial a même été fabriqué pour permettre à la violoncelliste d'effectuer des déplacements tout en jouant. Cet éclatement du lieu met en valeur la spatialisation et l'éloignement sonores, la quadriphonie, les micro-décalages et la mise en scène.

Pour cet enregistrement, le Quatuor Molinari et R. Murray Schafer ont opté pour une version comportant un minimum de déplacements des musiciens afin de conserver une plus grande qualité d'enregistrement dans un cadre stéréophonique.

Malgré l'éclatement de la forme, ce septième quatuor entretient cependant d'étroites correspondances avec le corpus tout entier. Ainsi, la première phrase de l'œuvre jouée par le violoncelle et l'alto est une reprise du tout début du sixième quatuor. S'ensuit une entrée dramatique du premier violon déclamant une variation dissonante du thème d'Ariane. Un peu plus loin, on reconnaîtra aisément le retour du thème de Tapio qui deviendra obsédant dans ce quatuor.

Ces citations fort apparentes ne doivent pas nous méprendre : chaque nouvelle œuvre proposant en effet une relecture et un enrichissement des idées musicales des quatuors précédents. Tout fait trace : les anciens matériaux sont repris sous des dehors renouvelés, les nouvelles idées fécondent notre compréhension des motifs connus, toute la matière sonore s'impose avec une nécessité quasi organique. Cette variation perpétuelle d'un matériau commun constitue à nos yeux une sorte de «signature musicale» de Schafer.

À la formation classique du quatuor à cordes s'ajoute désormais un soprano obligé et le jeu de couleurs des instruments de percussion (wood block et cheng cheng). La structure de ce septième quatuor fait alterner le quatuor à cordes comme entité et les interventions du soprano. Cependant lorsque le soprano chante, le quatuor se voit obligé de jouer un rôle d'accompagnateur. L es nombreuses interruptions que le soprano impose au quatuor et ses commentaires étranges (dont les textes sont tirés du journal d'une schizophrène) brisent l'élan de ce dernier qui ne reprend ses droits que lors des absences du soprano.

À la fin de l'œuvre, les cinq musiciens se retrouvent sur scène pour la première fois et font alors don d'une musique brillante et unificatrice.

La rencontre de deux grands artistes, R. Murray Schafer et Guido Molinari, a donné à ce quatuor un élément visuel important qu'il est utile de mentionner ici, même si cet aspect ne peut être appréhendé par le disque. Les quatre couleurs primaires si chères à Molinari se retrouvent chacune associées à un musicien et colorent la ligne musicale de chacun d'eux. Le rouge au premier violon représente le feu, le bleu au deuxième violon est symbole de l'eau, le vert au violoncelle est celui de Tapio, l'esprit de la forêt des légendes finlandaises du Kalevala et le jaune à l'alto est symbole de lumière. Le rôle particulier dévolu au soprano est expliqué par le compositeur : « Je ne voulais pas écrire une pièce où le soprano attend patiemment, pendant trois mouvements interprétés par les musiciens, pour se joindre à eux dans une apothéose à la fin. En réfléchissant à son rôle dans la pièce, je m'arrêtai à sa couleur, le blanc, qui symbolise la pureté, mais qui aussi rappelle les hôpitaux, donc la maladie, et qui est la couleur de la mort et des processions funéraires en Chine. Le hasard a voulu que je découvre un texte écrit par une schizophrène anonyme dans un asile psychiatrique. C'était la solution : la chanteuse apparaîtrait subrepticement tout au long de la pièce, en chantant des textes absurdes, musicaux et à caractère sexuel.» Pour la version scénique complète de l'œuvre, Guido Molinari a réalisé des toiles et des sculptures qui sont intégrées à la présentation du quatuor. Selon nous, c'est par des écoutes répétées des quatuors que l'on pourra se familiariser avec chacun d'eux et apprécier ainsi pleinement leurs beautés particulières. Nous croyons aussi que c'est par une écoute en continu du cycle des sept quatuors que l'on accédera à toutes les richesses et à la profonde unité de cette musique.

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Quatuor n° 8 (2000-2001, création 2002)

Jean Portugais

Le cycle de Quatuors à cordes de R. Murray Schafer, qui constitue l'un des plus importants du genre, se poursuit avec ce 8e Quatuor composé à Munich du 24 février au 15 mars 2000 et révisé du 17 septembre au 12 octobre 2001 à Indian River.

L'œuvre a été commandée pour le Quatuor Molinari par Ellen Karp, Bill Johnston et Paul Karp-Johnston afin de célébrer le 50e anniversaire de mariage de Fred et Mary Karp. Cette commande a inspiré au compositeur une forme en deux mouvements. Le 1er mouvement représente la jeunesse avec sa fougue et son énergie, tandis que le 2e mouvement est une méditation lyrique qui évoque le regard en arrière des amoureux sur le chemin parcouru ensemble.

Le 8e Quatuor a été composé pendant la même période que Patria VIII  : «The palace of the Cinnabar Phœnix» et il en porte des traces. Le Cinnabar Phœnix (littér. : Phénix vermillon) est un oiseau que l'on peut apparenter à l'Oiseau de feu et représente un message d'espoir dans différentes légendes de Perse et de Chine. Dans Patria VIII où l'action se déroule dans la dynastie chinoise des T'ang (618-907), le Phénix est envoyé par les dieux pour vivre dans un palais où il apporte l'harmonie et la paix.

Le premier mouvement du 8e Quatuor débute par le motif de quarte-tierce générateur de l'œuvre (ré &# sol &# mi &# sol). Il est joué par le 2e violon et l'alto sur des glissandis en harmoniques. On reconnaîtra dans ce début un écho des toutes dernières notes du 7e Quatuor. Un chant d'oiseau, qui n'est pas celui du Phénix, est joué immédiatement après au premier violon. Puis, une vaste section motorique précède un autre solo de violon très libre et rhapsodique, lui-même suivi d'une brève allusion au motif sib – la – do – si (le nom de BACH) qui irriguera le second mouvement. Le climat du premier mouvement est imprégné par un faux motif chinois qui provient de Patria VIII. Ce motif est une ritournelle obsédante –et selon le compositeur, il est volontairement enfantin, voire ridicule.

Le second mouvement est une musique de nuit typique du Schafer des précédents quatuors. Il met en place deux quatuors à cordes : l'un pré-enregistré, l'autre joué en direct. Le quatuor ainsi dédoublé se livre à des jeux d'écho et de lointain qui prolongent les effets de spatialisation explorés dans les quatuors précédents. Quelques éléments à noter lors de l'écoute : le nom de BACH transposé (réb – do – mib – ré) devient le matériau de base de tout le mouvement, les pulsations en pizzicatos qui migrent du quatuor enregistré au quatuor en direct, le contraste qu'offre la section centrale marquée «with great excitement», le retour du motif chinois et enfin l'opposition entre la liberté rythmique et les ostinatos.

Nota : Le Quatuor Molinari a pré-enregistré la partie de second quatuor du 2e mouvement avec la maison de disques ATMA Classique.

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Quatuor n° 9 (2005)

R. Murray Schafer

Mon neuvième quatuor a été commandé par la Fondation W. H. and S. E. Loewen pour le International New Music Festival parrainé par l'Orchestre symphonique de Winnipeg. La création a eu lieu le 12 février 2006 par les musiciens Gwen Hoebig et Darryl Strain, violons, Dan Scholz, alto et Yuri Hooker, violoncelle.
Comme dans plusieurs de mes quatuors, le neuvième fait référence aux œuvres précédentes, en particulier le huitième quatuor. Le thème final de celui-ci est repris en tout début du neuvième, cette fois chanté par un garçon soprano préenregistré. À plusieurs reprises, le quatuor est accompagné et même interrompu par des enfants criant et riant sur un terrain de jeux. Leur présence a souvent un effet sur la musique qui, presque élégiaque, devient légère et enjouée.

 

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