Répertoire

Ravel, Maurice

(1875-1937)

 

Quatuor en fa majeur (1903)

Olga Ranzenhofer

La tradition germanique du quatuor à cordes, bien ancrée dans les habitudes musicales depuis Haydn, se voit, au tournant du XXe siècle, ébranlée par l'esthétique des nouvelles oeuvres de la seconde école de Vienne, mais aussi par l'approche des compositeurs français comme Debussy et Ravel. En 1903, dix ans après le Quatuor en sol de Debussy, Maurice Ravel écrit le Quatuor en fa et en fait sa première publication d'envergure. Et quel coup de maître! Raffinement des timbres, perfection formelle, goût de l'équilibre, unité cyclique, recherche harmonique... tout Ravel est déjà là.

Par sa concision et sa clarté, l'écriture de Ravel est souvent comparée à des mouvements d'horlogerie. Si les formes y sont classiques et les mélodies plutôt diatoniques que chromatiques, l'harmonie est en revanche souvent modale. Le Quatuor en fa est basé sur neuf motifs principaux qui sont apparentés entre eux et qui servent de fondements mélodiques à l'oeuvre. Ravel traite ces motifs et les modifie sans cesse dans de riches coloris de timbres et d'harmonies.

Dès les premières mesures de l'allegro moderato, très doux, Ravel crée, par l'exposition en demi-teintes de son premier sujet, un climat de transparence et de lumière inégalé dans le répertoire du quatuor. Le second thème, chaleureux, est joué à l'unisson par le premier violon et l'alto. Le développement voit les deux thèmes se combiner, puis après un bref apogée, la récapitulation ramène l'atmosphère calme et lyrique du début.

Le deuxième mouvement, marqué assez vif et très rythmé, est un scherzo plein de gaieté et d'humour qui est caractérisé par une éblouissante utilisation des pizzicatti et un épisode central lent dans lequel le violoncelle déroule un chant d'une intense nostalgie.

Le troisième mouvement, très lent, est une longue méditation sur les thèmes exposés dans les mouvements précédents mais colorés et transformés dans un style libre qui fait songer à de l'improvisation. L'emploi des sourdines rend encore plus intime ce magnifique morceau qui se termine avec magie dans le registre aigu des quatre instruments.

Après le ton rêveur du morceau précédent, le final vif et agité arrive comme un coup de vent et se déploie dans un tournoiement virtuose avec ses thèmes encore transformés. L'alternance de mesures à 5/8 et à 5/4 donne une impression de vive impatience et d'empressement. Gabriel Fauré, maître de Ravel et dédicataire du Quatuor, suivit la composition de l'oeuvre et montra peu d'enthousiasme pour ce dernier mouvement. Le jeune Ravel, sur le point de modifier le final de son Quatuor, le montra à Debussy qui s'exclama : «Au nom des dieux de la musique et au mien, ne touchez à rien de ce que vous avez écrit !»

 

Quatuor Molinari 2009 tous droits réservés