
Le premier quatuor à cordes (1948) d'Alberto Ginastera nous transporte par son énergie rythmique dans les pampas de son Argentine natale où la danse est un des piliers de la culture. En effet, on y retrouve les couleurs chaudes et ensoleillées des danses latino-américaines, avec leur rythme endiablé. L'alternance de mesures binaires et ternaires, le rythme envoûtant, la fougue, l'harmonie chromatique, l'évocation du malambo (danse rurale) et du copla (chant populaire), sont autant d'éléments qui rendent ce quatuor très attrayant.
L'instrument par excellence de l'Amérique du Sud étant la guitare, Ginastera l'évoque au début du 3e mouvement en exposant d'entrée de jeu, les notes des six cordes ouvertes de cet instrument. De même, l'utilisation d'effets spéciaux (harmoniques, ponticello, col legno, glissandi) pour créer des sonorités particulières, est une imitation des sons abstraits (bruitisme) que l'on peut produire avec la guitare. Inspiré du folklore argentin, ce quatuor est remarquable par sa grande maîtrise d'écriture ; le langage y est moderne avec un chromatisme très poussé, des fausses relations et une certaine part d'austérité. Ginastera écrira deux autres quatuors qui s'éloigneront chacun un peu plus du folklore argentin.