Répertoire

Dutilleux, Henri

(1916-)

 

Ainsi la nuit

Alain Poirier (Guide de la musique de chambre, Fayard)

Composé entre 1971 et 1977 à la suite d'une commande de la Fondation Koussevitzky, et destiné au Quatuor Juilliard, Ainsi la nuit a été créé à Paris par le Quatuor Parrenin le 6 janvier 1977, et donné en première audition américaine par le Quatuor Juilliard le 13 avril 1978 à Washington. Dédié à la mémoire d'Ernest Sussman, amateur d'art américain et ami du compositeur, le Quatuor est écrit en hommage à Olga Koussevitzky.

Ainsi que l'a expliqué Dutilleux, la genèse de la composition est originale : « Je n'avais jamais écrit jusque-là pour le quatuor. J'ai commencé par ébaucher des pièces qui se présentaient un peu comme des études pour m'exercer à cette tâche nouvelle pour moi. Il s'agissait de fragments isolés sans véritables liens entre eux, mais que je fis parvenir au Quatuor Juilliard pour qu'ils se familiarisent avec mon écriture. »

À partir de ces « études », Dutilleux a tenté d'établir un lien entre les sept sections du Quatuor dans la version définitive en intercalant irrégulièrement des Parenthèses, « parenthèses souvent très brèves mais importantes par le rôle organique qui leur est dévolu. Des allusions à ce qui va suivre – ou ce qui précède – s'y trouvent placées, et elles se situent comme autant de points de repère» (préface à la partition). Les fils ainsi tendus entre les pièces – seuls les mouvements V à VII sont enchaînés sans Parenthèses – ont progressivement conduit Dutilleux à entrevoir l'unité de la partition: « Tout se transforme insensiblement en une sorte de vision nocturne, d'où le titre "Ainsi la nuit". Cela se présente, en somme, comme une suite d’"états" avec un côté quelque peu impressionniste. »

Le Quatuor constitue une illustration supplémentaire du concept de mémoire cher à Dutilleux au travers des notions de variation et de préfiguration, – chaque section faisant l'objet d'une ou plusieurs annonces.

Un étroit réseau de relations – tant entre les quatre parenthèses et les mouvements, qu'entre les mouvements eux-mêmes (1 et V, III et IV) – assure donc la continuité dans une trajectoire mise en évidence par la thématique : pour exemple, la structure d'accords de l'introduction, citée dans Parenthèse l, trouvera son aboutissement dans Litanies (III), avant d'être rappelée dans Parenthèse 4 et au début de Temps suspendu (VII).

Les différentes parties, mouvements ou parenthèses, se jouent sans interruption, – seule une pause étant demandée entre Litanies et Parenthèse 3. Quant à l'écriture instrumentale, conçue parallèlement à la situation du quatuor dans la longue histoire du genre, elle se situe de façon avouée dans le sillage des quatuors de Beethoven et de ceux de l'École de Vienne, – références privilégiées par ailleurs de la remise en question du temps musical.

 

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