Répertoire

Corigliano, John

(1938-)

Résumé biographique

John Corigliano est le récipiendaire du Prix Pulitzer pour la musique 2001 pour sa Deuxième Symphonie, une oeuvre élaborée à partir de son quatuor à cordes de 1995. Il est reconnu comme l’un des plus éminents compositeurs de sa génération sur la scène internationale. Sa musique orchestrale et de chambre ainsi que ses oeuvres pour l’opéra et le cinéma ont reçu partout un accueil chaleureux, tant pour leur expressivité et leur audace que pour leur technique kaléidoscopique en perpétuelle transformation. Corigliano remportait en mars 2000 un Oscar pour Le violon rouge, sa troisième partition pour le cinéma.
 

String Quartet (1995)

John Corigliano (Traduction : Marc Hyland)

La structure macroscopique de cette oeuvre d’une durée de 35 minutes comprend cinq mouvements partageant entre eux de fortes parentés motiviques et thématiques. Plus précisément, le quatuor est élaboré à partir d’un motif conducteur constitué de répétitions d’une même hauteur et d’une séquence de tierces mineures disjointes.

Dans le Prélude, des bribes de son émergent du silence avant de retourner au silence. Le caractère diffus du timbre global est produit par le jeu légèrement désynchronisé des interprètes entre eux.

Des accords répétés périodiquement, à l’arraché, amorcent le Scherzo avant d’être striés par de vifs apartés aux échos pop. De nouvelles formes du motif sur un son répété mènent à un passage virtuose où les quatre musiciens jouent en doubles croches à la fois les sons répétés et les tierces mineures disjointes. Suit un trio calme, où un premier duo articule une Chaconne puisant aux harmonies du Prélude et auquel s’ajoute le contrepoint lyrique des deux autres musiciens.

Le Nocturne évoque pour moi un souvenir du Palais Jamais, à Fez. C’est là, au cours de ma première nuit dans une chambre surplombant la vieille cité, que j’ai été tiré de mon sommeil par les appels des muezzins provenant de la ville entière. Un premier appel se fit entendre, puis un autre, et ainsi de suite, jusqu’à ce que des douzaines de voix indépendantes tracent un fabuleux contrepoint où toutes les voix, en s’immobilisant soudain pendant un temps sur un seul son, firent retentir un accord majeur, comme par pur accident.

La Fugue qui suit déroge à ses règles traditionnelles, ses thèmes étant constitués de valeurs égales, sans différentiation des durées, et une vitesse distincte étant assignée à chaque voix. Une simple indication aux musiciens d’adopter des tempis différents restant insuffisante, chacune des voix indépendantes est ici renotée précisément à l’intérieur d’une mesure rythmique commune, bien que le résultat global ne donne pas d’impression d’homogénéité. Le mouvement porte l’indication Sévère, d’une austérité à la fois marquée par le matériau dissonant et la totale indépendance des voix entre elles.

Dans le dernier mouvement, Postlude, les trois instruments les plus graves sont placés en opposition au premier violon, qui commence son chant sur son do dièse le plus aigu, con sordino. Un climax fougueux mène ensuite à un long passage descendant, après lequel ressurgit la texture des voix indépendantes pour faire entendre une rétrogradation exacte de la musique du début, avant de disparaître dans le silence.

 

Quatuor Molinari 2009 tous droits réservés