R. Murray Schafer — 8e Quatuor, Theseus, Beauty and the Beast


Œuvres de R. Murray Schafer
Interprétées par le Quatuor Molinari
avec Jennifer Swartz, harpe,
Marie-Danielle Parent, soprano
et Julie Nesrallah, mezzo-soprano

Enregistrements effectués sous la supervision artistique du compositeur R. Murray Schafer.
Enregistrement et réalisation : Johanne Goyette
Église Saint-Augustin, Saint-Augustin-de-Mirabel (Québec) 13-15 juin 2002
Adjoints à la production : Sarah Elola, Jacques-André Houle
Couverture du livret : Continuum I (2003) de Guido Molinari © SODRAC
Graphisme / Graphic design : Diane Lagacé


8e Quatuor, Theseus, Beauty and the Beast

1:12:48

1-2 — Quatuor à cordes n° 8 (2000-2001) (22:24)
1- Fast; capricious (9:53)
2- Very rhapsodic (12:31)

3 — Theseus (19:03)
pour harpe et quatuor à cordes
avec Jennifer Swartz, harpe
et Marie-Danielle Parent, soprano

4 — Beauty and the Beast (31:21)
Un opéra pour voix seule, masques et quatuor à cordes
Livret
et musique de R. Murray Schafer d’après le conte de Madame Leprince de Beaumont
avec Julie Nesrallah, mezzo-soprano


Résumé Biographique de R. Murray Schafer

Mireille Gagné,
directrice, Centre de musique canadienne au Québec

1933

Naissance de Raymond Murray Schafer, le 18 juillet à Sarnia, Ontario.

1939

Début de ses études de piano.

1952

Inscription au Conservatoire royal de musique de Toronto et à l'Université de Toronto. Il étudie avec Alberto Guerrero (piano), Greta Kraus (clavecin), John Weinzweig (composition) et Arnold Walter (musicologie). Il reçoit son unique diplôme, le L. R. S. M. (Licentiate, Royal Schools of Music). Durant cette période, il rencontre Marshall McLuhan. Ces rencontres occasionnelles marquent de façon significative son développement intellectuel.

1955

Il quitte les circuits « conventionnels » universitaires et s'engage dans une formation autodidacte. Il s'intéresse aux langues (le latin, le français, l'allemand, l'italien et l'arabe), à la littérature et à la philosophie.

1956-1958

Séjour à Vienne où il découvre, entre autres, l'allemand médiéval.

1958

Études en Angleterre avec Peter Racine Fricker (composition). Il travaille, pour gagner sa vie, comme journaliste (c'est durant cette période qu'il amorce ses travaux qui conduiront à la publication de son ouvrage British Composers in Interview) et à la préparation d'une édition pratique de l'opéra peu connu du poète Ezra Pound, Le Testament (1920- 21) qui a été radiodiffusé par la BBC en 1961.

1961

Retour au Canada. Il fonde les Ten Centuries Concerts à Toronto qu'il dirige durant un certain temps. Le but de cette société musicale était de faire connaître la musique rarement entendue d'hier et d'aujourd'hui.

1963-1965

Artiste en résidence à l'Université Memorial de Saint- Jean, Terre-Neuve.

1965-1975

Chargé de cours, puis professeur titulaire à l'Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique. Mise sur pied, à la fin des années soixante, du World Soundscape Project (Projet mondial d'environnement sonore) à l'U. S. F. Il reçoit des subventions de l'UNESCO et de la Donner Canadian Foundation pour l'aider à concrétiser ce projet qui porte sur l'étude des rapports de l'être humain avec son environnement acoustique. Grâce à ces études, le Canada a pris la tête dans ce domaine de recherches.

1975

Tournée de conférences en Europe. Puis, il achète une ferme à proximité de Bancroft, Ontario. Là, il compose, il écrit et il prépare de nombreux projets musicaux pour la communauté locale. Après 1984, il rachète une nouvelle ferme à Indian River et s'y installe définitivement.

Il a reçu et continue de recevoir de nombreux prix dont les principaux sont :

  • 1974 : Le Guggenheim Fellowship
  • 1977 : Compositeur de l'année du Conseil canadien de la musique
  • 1977 : Le premier récipiendaire du Prix Jules- Léger pour la nouvelle musique de chambre avec son Quatuor à cordes no. 2 «Waves»
  • 1980 : Prix international Arthur- Honegger pour son Quatuor à cordes no. 1
  • 1985 : Le Banff National Award in the Arts
  • 1987 : Le premier récipiendaire du Prix triennal Glenn- Gould
  • 1993 : Le Prix Molson des Arts du Conseil des Arts du Canada
  • 1999 : Louis Applebaum Composer's Award.

Sa production musicale et littéraire est assez volumineuse et plusieurs de ses livres ont été traduits dans d'autres langues. Plus de 25 titres sont énoncés dans son catalogue littéraire. Les titres les plus importants seraient : The Book of Noise, The Tuning of the World, E. T. A. Hoffmann and Music, Ezra Pound and Music : The Complete Criticism, Patria and the Theatre of Confluence, etc.

Son catalogue d'œuvres musicales compte les types de musique suivants :

  • drame musical : 13 titres
  • œuvres pour orchestre : 13 titres
  • œuvres pour orchestre à cordes : 2 titres
  • œuvres pour voix solo et orchestre : 13 titres
  • œuvres pour instrument solo et orchestre  : 7 titres
  • 2 œuvres pour solistes, chœur et orchestre
  • 1 œuvre pour harmonie
  • 11 quatuors à cordes
  • 21 œuvres pour voix et/ ou pour instruments
  • 18 œuvres pour chœur
  • 3 œuvres dramatiques mettant en scène un chœur
  • 3 œuvres radiophoniques et de musique électroacoustique

Enfin, plusieurs de ses œuvres ont été enregistrées sur disque.

Pour en savoir plus, il faut consulter les données du Centre de musique canadienne.


Quatuor à cordes n° 8 (2000-2001)

Jean Portugais

Le cycle de Quatuors à cordes de R. Murray Schafer, qui constitue l’un des plus importants du genre, se poursuit avec ce 8e Quatuor composé à Munich du 24 février au 15 mars 2000 et révisé du 17 septembre au 12 octobre 2001 à Indian River.

L’œuvre a été commandée pour le Quatuor Molinari par Ellen Karp, Bill Johnston et Paul Karp-Johnston afin de célébrer le 50e anniversaire de mariage de Fred et May Karp. Cette commande a inspiré au compositeur une forme en deux mouvements. Le 1er mouvement représente la jeunesse avec sa fougue et son énergie, tandis que le 2e mouvement est une méditation lyrique qui évoque le regard en arrière des amoureux sur le chemin parcouru ensemble.

Le 8e Quatuor a été composé pendant la même période que Patria VIII  : The Palace of the Cinnabar Phoenix et il en porte des traces. Le ‘Cinnabar Phoenix’ (littér. : Phénix vermillon) est un oiseau que l’on peut apparenter à l’Oiseau de feu et représente un message d’espoir dans différentes légendes de Perse et de Chine. Dans Patria VIII où l’action se déroule dans la dynastie chinoise des T’ang (618-907), le Phénix est envoyé par les dieux pour vivre dans un palais où il apporte l’harmonie et la paix.

Le premier mouvement du 8e Quatuor débute par le motif de tierce–quarte générateur de l’œuvre (ré-sol-mi-sol). Il est joué par le 2e violon et l’alto sur des glissandi en harmoniques. On reconnaîtra dans ce début un écho des toutes dernières notes du 7e Quatuor. Un chant d’oiseau, qui n’est pas celui du Phénix, est joué immédiatement après au premier violon.

Puis, une vaste section motorique précède un autre solo de violon très libre et rhapsodique, lui-même suivi d’une brève allusion au motif sia-la-do-si (le nom de BACH) qui irriguera le second mouvement.

Le climat du premier mouvement est imprégné par un faux motif chinois qui provient de Patria VIII. Ce motif est une ritournelle obsédante — et selon le compositeur, il est volontairement juvénile voire même enfantin.

Le second mouvement est une musique de nuit typique du Schafer des précédents quatuors. Il met en place deux quatuors à cordes : l’un pré-enregistré, l’autre joué en direct. Le quatuor ainsi dédoublé se livre à des jeux d’écho et de lointain qui prolongent les effets de spatialisation explorés dans les quatuors précédents. Quelques éléments à noter lors de l’écoute : le nom de BACH transposé (réa-do-mia-ré) devient le matériau de base de tout le mouvement, les pulsations en pizzicati qui migrent du quatuor enregistré au quatuor en direct, le contraste qu’offre la section centrale marquée with great excitement, le retour du motif chinois et enfin l’opposition entre la liberté rythmique et les battements des ostinatos.


Theseus (1983)

Olga Ranzenhofer et Jean Portugais

Depuis trente ans, R. Murray Schafer construit une colossale fresque intitulée Patria, un projet aux dimensions de Licht de Stockhausen, constitué d’un prologue, de dix longues parties et d’un épilogue. Chacune de ces parties comprend de nombreuses œuvres. L’épilogue à lui seul, une sorte de rituel initiatique en forêt, dure huit jours complets! Chacune de ces «journées» du décalogue de Schafer se rattache à une culture — réelle ou imaginée — et à une époque de l’humanité. Theseus s’intègre à Patria V qui s’intitule The Crown of Ariadne et qui est inspiré de thèmes de la mythologie grecque (*).

Theseus a été écrit en 1983 à l’intention de la harpiste torontoise Judy Loman et du Quatuor à cordes Orford. L’œuvre a été créée à Toronto le 28 janvier 1986. Le motif d’Ariane, que nous retrouvons également dans plusieurs Quatuors à cordes de Schafer (5e, 6e et 7e) est utilisé comme matériau de base de ce quintette (**). Ce quintette s’inspire du mythe de Thésée et le Minotaure. Écrite en un mouvement unique, l’œuvre comprend plusieurs sections aux caractères contrastants. Le début, mystérieux avec ses glissandi de cordes, semble évoquer la solitude et les dangers du labyrinthe dans lequel Thésée s’est aventuré. Les traits rapides de la harpe imités ensuite par les cordes nous entraînent dans les mondes étranges du labyrinthe. Plus loin, un thème lyrique qui tournoie sur lui-même est joué en unisson par les cordes tandis que la harpe s’envole librement en arabesques. Un long crescendo nous mène au combat dramatique entre Thésée et le Minotaure.

La série de coups qui seront fatals au Minotaure sont illustrés par la harpe qui frappe d’une baguette métallique les cordes graves de l’instrument tandis que le quatuor soutient un accord aigu d’une grande intensité. L’instant d’après, la musique s’éclaircit et le thème d’Ariane prend de plus en plus de place. Symboliquement, c’est le triomphe de Thésée et la joie du retour. On retrouve dans Theseus une impressionnante osmose entre la harpe et les instruments du quatuor. Cette osmose est sensible à travers les pizzicati, glissandi, chromatismes, sons harmoniques et sons percussifs.

(*) Pour plus de renseignements, consulter  : http://www.patria.org/pdp/ [Retour au texte]

(**) Cf. J. Portugais et O. Ranzenhofer (2000). Îles de la Nuit. Parcours dans l’œuvre pour quatuor à cordes de R. Murray Schafer. Circuit musiques contemporaines, volume 11, numéro 2, pp. 14-54. Les Presses de l’Université de Montréal. [Retour au texte]


Beauty and the Beast (1979)

Olga Ranzenhofer et Jean Portugais

L’opéra de chambre Beauty and the Beast de R. Murray Schafer fait partie de sa grande fresque Patria III, appelée The Greatest Show. L’œuvre a été composée en 1979 pour la célèbre contre-alto canadienne Maureen Forrester et pour le Quatuor Orford. Le livret de Schafer est une adaptation du conte La Belle et la Bête de Jeanne Marie Leprince de Beaumont daté de 1757. L’œuvre est très exigeante pour la voix soliste qui doit interpréter les cinq personnages sur un registre de presque trois octaves en plus de manipuler les masques qui lui servent de costumes. Tout comme dans certains opéras de Mozart où la part du dialogue est très importante pour faire avancer l’histoire, Schafer utilise la narration pour assurer le déroulement de l’action.

L’écriture pour quatuor à cordes est plutôt descriptive et le compositeur a même recours aux leitmotive pour souligner l’action. Le quatuor commente le texte et permet les transitions entre les différents personnages toujours interprétés par la seule chanteuse. Le contour mélodique de chaque personnage de l’histoire est formé d’un groupe restreint de deux ou trois intervalles; par exemple, la ligne mélodique de la Belle emploie des secondes majeures et des tierces majeures tandis que celle de la Bête est composée de secondes mineures et de tritons, etc.


Livret, Beauty and the Beast

R. Murray Schafer
(Adaptation française : Gabriel Charpentier)

narration

Il y a bien longtemps, et bien loin d’ici, vivaient un marchand, et sa fille. Elle était si belle que tous l’appelaient  : la Belle. Or, ce marchand, qui était très riche, devint en une journée le plus pauvre de tous les pauvres; il n’eut d’autre à faire qu’à tout recommencer. Un jour, voyant sa fille, il lui dit :

le père

Ma Belle, ne sois pas triste! Je dois partir. Le voyage sera difficile. Si tout va bien, je reviendrai ici, plus riche… Dis-moi : que puis-je t’apporter à mon retour?

la belle

Mon père, mon seul plaisir sera de vous revoir ici!

le père

Je t’apporterai mieux qu’un vieux pauvre!… Je voudrais t’apporter tout le bonheur du monde!

la belle

Mon père… Apportez-moi une rose!

le père

Une rose… tu auras! Maintenant, ma belle beauté Belle : adieu!

narration

Le vieil homme embrassa sa fille et commença le voyage. Il parcourut plusieurs pays, villes et villages; rien ne tournait à son avantage. Un jour, il décida de rentrer chez lui. Il voyagea pendant de longs jours et de longues nuits. Or, une nuit, il s’enfonça dans une grande forêt sombre. Malgré la faim, la fatigue, malgré l’épuisement il ne voulut pas s’arrêter. Tout à coup, il se crut perdu! Il se coucha sous un grand arbre et essaya de dormir jusqu’au matin. Au lever du soleil, il aperçut au bout d’une longue allée d’arbres un château magnifique. Il s’approcha du château et frappa à la porte. Il n’y avait personne, il décida d’entrer. Il parcourut le labyrinthe des galeries : il n’y avait personne. Dans une grande salle, il y avait une grande cheminée; un feu brûlait, et une grande table couverte d’un repas somptueux; il s’assoit; il mange; il boit; il est heureux. Il n’y a toujours personne.

le père

Cela est étrange!… Un si beau château sans propriétaire; il fut bâti pour moi! Partons vite le dire à Belle… nous vivrons ici!… Mais je dois trouver une rose!… Oh! Les roses magnifiques devant la grille du château!… oh! oui… les voilà!

la bête

Grrrrr… Grrrrr… Grrrrr… Qui vous a dit que vous pouviez cueillir mes roses?

le père

Qui êtes-vous?

la bête

Je vous ai protégé et nourri. Dans mon royaume, le vol est puni par la mort.

le père

S’il vous plaît, monsieur… J’ai cueilli la rose pour la donner à ma fille… À Belle… et si seulement elle pouvait me voir, maintenant… Belle qui aime tant les roses…

la bête

Vous méritez la mort. Mais, discutons de l’affaire  : je vous laisserai partir, si vous m’amenez Belle, ici.

le père

Me pensez-vous si cruel? Que lui dirais-je pour qu’elle vienne ici?

la bête

Rien! Elle devra venir d’elle-même : voici la condition que j’y mets. Je vous attendrai demain. Autrement, je vous enlèverai la vie.

le père

Demain?

la bête

Oui! Demain!… Prenez ce cheval. Il est vif. Il connaît le chemin. Donnez la rose à Belle. Adieu.

narration

L’étrange bête disparut. Aussitôt, le cheval bondit si vite que le marchand en fut effrayé. Le cheval s’éleva dans l’air, se perdit dans le soleil, et tout devint extrêmement doux. Avant même qu’il s’en aperçoive, le marchand retrouva sa maison où sa fille l’attendait.

la belle

Mon père, combien vous m’avez manqué! Vous êtes là : Dieu soit remercié. Vous devez me promettre de ne plus partir.

le père

Ma chère fille, je reviens ici, aussi pauvre qu’avant. Voici la belle rose… Oh! si tu savais l’aventure qui m’est arrivée pour te la donner!

la belle

Mon père, c’est la plus belle rose que j’aie vue!

le père

Peut-être, ma fille!… Elle provient d’un château miraculeux dans une grande forêt.

la belle

Vous m’emmènerez dans ce château?

le père

Je le pourrais, mais j’ai peur. Tu ne l’aimerais pas. Il est habité par un monstre…

la belle

Un monstre!

le père

…Une bête affreuse.

la belle

Tout ce mal que je vous ai donné!… venez près du feu : vous devez être fatigué.

le père

Oui, je suis fatigué… Je ne peux pas me reposer… Je dois retourner au château… Je l’ai promis à la Bête.

la belle

Prenez-moi avec vous.

le père

Je dois y aller seul.

la belle

Non! Je ne vous laisserai pas partir seul. J’irai avec vous… Où il y a des roses…?

le père

Oui!… pour un peu de temps…

narration

Ainsi, à contrecœur, le marchand capitula. «Ma Belle», dit-il, «partons au château!».

Ils montent le cheval magique et s’envolent si doucement que Belle n’a pas peur. Au-dessus des arbres, des toits, des cathédrales, ils glissent dans l’air! Ils arrivent dans la grande cour du château; le château est désert comme auparavant. Le marchand conduit la Belle dans cette chambre-là, celle du beau feu dans la cheminée. Le repas est servi pour deux personnes… La nappe est de lourdes dentelles, les coupes d’or et d’émeraudes… La Belle avait faim et commença à manger. Son père était terrifié : «La Bête avait-elle en tête un plan maléfique?» Le père ne voulait pas manger. Il ne mangea pas. La Belle en était au dessert, quand, tout à coup :

la bête

Bonsoir, monsieur. Bonsoir, la Belle.

la belle

Bonsoir, monsieur la Bête.

la bête

Je suis enchanté que vous soyez venue et que vous puissiez rester. Quant à vous, monsieur, vous devez nous quitter.

la belle

Ne craignez rien, mon père. Il ne semble pas qu’il veuille me faire du mal.

narration

Alors, le vieil homme fut obligé de partir, et la Belle devint très courageuse. La Belle n’avait vraiment pas peur de la Bête. Malgré sa laideur, il avait pour elle des gestes de prince… Elle était simplement toute seule… Pendant des heures, elle restait assise devant la fenêtre, devant les étoiles, bien étonnée de ce qui lui arrivait. Elle s’endormit. Dans son rêve… oh!… un beau jeune homme… C’est un dieu… un dieu grec…il lui parle :

le dieu grec

La Belle, pourquoi cette tristesse?… dans ce château vous serez récompensée de toutes vos angoisses… tous vos désirs seront comblés… voici le jardin… les oiseaux… tous les animaux et tant de belles choses!… tout est pour vous… Si vous n’essayez pas de fuir la solitude, la solitude vous fuira!… ne cherchez pas la clé… rendez grâce… ne me quittez pas! Vous seule pouvez me sauver… vous seule… vous seule… Belle… vous…

narration

Ce fut le beau soleil, le matin… Le printemps. Le souvenir du rêve reste présent en elle… le jeune Grec était-il réel?… Rêve-t-elle de ce grand château, de ces tourterelles?… Tout lui semblait miraculeux!… Elle découvre un jardin rempli de roses, des oiseaux de paradis, et toutes sortes d’animaux qui lui parlaient, gentiment, quand elle passait… elle découvre toute une bibliothèque remplie de beaux livres d’images… elle découvre de beaux instruments de musique, jouant des airs, des menuets, des symphonies… Elle touchait les cordes… Et leurs musiques changeaient… pour celle de son oreille… et, hors de sa chambre, elle voit le cheval magique qui l’attend, patiemment, dans l’herbe… elle va partir avec lui…

la bête

Bonjour, la Belle.

la belle

Bonjour la Bête.

la bête

Avez-vous bien dormi?

la belle

Oui, je vous remercie.

la bête

Êtes-vous heureuse ici?

la belle

Oh!… Heureuse.

la bête

Je ne suis pas heureux…

la belle

Mais, vous êtes le maître de ce château!

la bête

Je le sais, mais je suis seul… Belle, dites-moi… les aveugles de chez vous sont-ils guidés par des petites filles?

la belle

Oui!… parfois…

la bête

Ah! Belle! J’ai vécu en cruauté… La cruauté fut inventée pour affronter les énigmes de la vie… je dois continuer…

la belle

Je ne vous comprends pas…

la bête

Ne le cherchez pas… parlez-moi de vous…

la belle

J’aurais voulu danser… danser tout le soleil en moi… Oh! Vouloir danser vers les étoiles… je reviendrais et vous emporterais avec moi.

la bête

Vous êtes si aimable… je suis laid.

la belle

Vous êtes une belle bête… je voudrais vous toucher.

la bête

Belle, voulez-vous m’épouser?

la belle

Oh! Non!… Oh! Non!…vous êtes une bête!

la bête

Alors, ne voulez-vous pas rester ici?

la belle

Je veux voir mon père… Où est-il?

la bête

On s’occupe bien de lui.

la belle

Je veux le voir!

la bête

Si je vous le laisse voir, reviendrez-vous ici?

la belle

Oh! Oui!… Oh! Oui!… un mois, seulement… puis… je resterai captive de vous toute ma vie.

la bête

Très bien… mais vous devez revenir à la fin de ce mois!… autrement, je deviendrai le plus misérable des hommes…

narration

Alors, le cheval magique s’approcha et la Belle put visiter son père. Le cheval volait si vite qu’en une minute elle traversa la forêt et se retrouva chez son père. Son père fut très étonné de la revoir si tôt. Belle lui dit tout, dans tout le détail. Elle lui raconta son rêve, et le jardin, et les instruments de musique… Ensuite, elle lui parla de la Bête… la Bête voulait l’épouser… et… elle refusa… et la Bête dit à la Belle de s’en aller…Mais, elle cacha à son père qu’elle avait consenti à retourner au château dans trente jours, et qu’elle y resterait pour toujours…

Ainsi, le marchand et sa fille passèrent un beau mois dans la joie… Souvent, elle se rappelait de son dieu grec! Un jour, toute une nuit, elle a cru l’entendre dans son sommeil… elle se souvenait aussi de la Bête «qui est si aimable avec elle malgré sa vilaine laideur»… puis, elle oublia tout à fait qu’elle devait retourner au château. Et, la dernière nuit, un autre rêve :

la reine

Beauté… la Belle… as-tu oublié ta promesse? Souviens-toi de ce dieu grec! Souviens-toi! Il ne faut pas l’abandonner. Souviens-toi du contrat de la Bête : tu dois revenir au château.

la belle

Je sais. J’ai peur de revenir au château!

la reine

Tu as promis.

la belle

Oui! Une promesse doit être tenue…

la reine

Prends cette baguette… agite-la dans l’air… Et dis : «je veux revoir la Bête».

la belle

«… Je veux revoir… la… Bête…»

narration

Et, tout à coup, la chambre de Belle se transforma… Elle est dans la cour du château… il n’y a plus de roses… que des ronces et des épines… énormes… tout est froid… sec… et Belle quête la Bête…

la belle

La Bête! La Bête… où es-tu?… Ah! Bête!… Ma Bête!… la Bête… Dormez-vous?… Oh! Il est mort!… Pourquoi l’avoir quitté?… Il est mort… il est mort… c’est moi qui l’ai fait mourir!…

la bête

…Belle… est-ce vous?… Enfin, vous êtes revenue!

la belle

Oui, la Bête, je suis revenue pour vous soigner, et, jamais plus ne partirai.

la bête

Belle… voulez-vous m’épouser?

la belle

Oui… la Bête.

narration

Soudain, a jailli l’éclair fou… le dieu du temple apparaît, tel un prince… couronné d’or et de saphirs…

le prince

Belle, je vous dois la vie!…Veux-tu m’épouser?

la belle

Oh! Oui!… mon prince!

narration

Le prince entoura la Belle de ses bras et l’embrassa. Les rosiers se couvrirent des plus belles roses jamais vues encore dans le monde. Le prince raconta la diablerie de la sorcière et comment Belle démasqua le sortilège… par la fidélité. Le prince présenta Belle à sa mère, et Belle reconnut la dame du rêve, une princesse de rêve qui la suppliait de revenir au château. Puis, Belle demanda que son père soit invité au mariage, et son père apparut… la Belle et la Bête eurent de belles noces, avec des rires et des cloches! Ils vécurent très heureux dans le beau château… Et, c’est la fin de notre histoire!


Julie Nesrallah, mezzo-soprano

Julie Nesrallah, mezzo-soprano

En 1998, le Conseil des Arts du Canada attribua sa prestigieuse bourse pour la relève artistique à la jeune mezzo-soprano canadienne, Julie Nesrallah. Elle fit des débuts remarqués sur scène dans le rôle d’Isabelle dans L’italienne à Alger de Rossini, qui inaugurait la saison 1997-1998 du Pacific Opera de Victoria, en Colombie-Britannique. À l'automne 2002, pour la même maison d’opéra, elle a interprété le rôle de Suzuki dans Madame Butterfly. Mlle Nesrallah a été de nouveau invitée à se produire avec les Thirteen Strings d’Ottawa, la Ottawa Choral Society et l’Orchestre symphonique d’Ottawa (la Troisième Symphonie de Mahler). Elle a fait ses débuts en février 2000 avec l’Orchestre Métropolitain dans El Amor Brujo de Manuel de Falla.

Aux États-Unis, elle a chanté dans Les Noces de Figaro, Le Coffret à bijoux et La Cenerentola pour diverses compagnies d’opéra.

Au Canada, parmi plusieurs prestations à travers le pays, on a pu applaudir Julie Nesrallah dans Ariane à Naxos, présenté en 1999 par le Pacific Opera de Victoria, dans Samson de Handel et dans La Flûte enchantée à l’Opéra Lyra d’Ottawa. Elle a chanté avec les orchestres de Charleston, de Laval, du Centre national des arts et de l’Université McGill, ainsi qu’avec l’Orchestre de chambre de Hull, et a récemment fait ses débuts avec l’Orchestre symphonique de Montréal. Enfin, la jeune chanteuse a donné des récitals remarqués à New York, au Québec, en Ontario, à la Radio de la SRC et aux Festivals d’été d’Orford et de Lachine.


Marie-Danielle Parent, soprano

Marie-Danielle Parent, soprano

Le soprano Marie-Danielle Parent mène une carrière remarquable, tant à l'opéra qu'en récital ou en concert, tant dans le grand répertoire classique que dans la musique contemporaine.

Sur la scène lyrique, Marie- Danielle Parent s'est notamment illustrée à l'Opéra de Québec et à l'Opéra de Montréal où elle a chanté de nombreux rôles.

Au concert, elle s'est produite avec un grand nombre d'orchestres canadiens. Interprète inspirée du répertoire contemporain, Mme Parent chante régulièrement à la Société de musique contemporaine du Québec et elle a aussi eu le privilège de créer de nombreuses œuvres importantes signées par des compositeurs québécois.

On peut mentionner Lonely Child de Claude Vivier, Avec (Wampum symphonique) de Gilles Tremblay, Offenes lied de John Rea, Heureux qui comme ..., Éternité et Complainte de la passion de Denis Gougeon.


Jennifer Swartz, harpe

Jennifer Swartz, harpe

Jennifer Swartz mène parallèlement une carrière très active comme soliste, chambriste, musicienne d’orchestre et professeure. Elle a fait ses débuts en tant que soliste dès l’âge de seize ans avec l’Orchestre symphonique de Toronto. Depuis, Mme Swartz s’est produite avec de nombreux orchestres canadiens.

Mme Swartz se produit régulièrement en récital et comme chambriste à travers le Canada. Elle est l’invitée de nombreux festivals et peut être entendue fréquemment sur les ondes de Radio-Canada. Elle a enregistré plusieurs disques chez ATMA Classique, dont le Concerto pour harpe de Nino Rota avec Yannick Nézet-Séguin et l’Orchestre Métropolitain du Grand Montréal, une interprétation fort louangée par la critique.

Jennifer Swartz est harpe-solo à l’Orchestre symphonique de Montréal et directrice des études de harpe à l’Université McGill.


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