Tajuddin, Cho, Porfyriadis, RodesConcert des lauréats du Deuxième Concours international de composition du Quatuor Molinari

Livret

Œuvres de Tazul Izan Tajuddin, Eun-Hwa Cho, Alexios Porfyriadis et Sixto Manuel Herrero Rodes
Interprétées par le Quatuor Molinari

Réalisation, enregistrement et montage : Anne-Marie Sylvestre
Salle Redpath, Université McGill, Montréal, 4 février 2005
Couverture du livret : Hommage à Mondrian (2000), Guido Molinari
Graphisme : Diane Lagacé


Concours Molinari 2003-2004

1:05:17

1 — Mediasi Ukiran - Tenunan VIII (13:20)
Tazul Izan Tajuddin (Malaisie 1969) — 1er prix

2 — Quatuor n° 2 (11:14)
Eun-Hwa Cho (Corée du Sud) — 2e prix

3 — Dromena (26:56)
Alexios Porfyriadis (Grèce 1971) — 3e prix

4 — Ignotalias (13:47)
Sixto Manuel Herrero Rodes (Espagne 1965) - Mention honorable


Le Deuxième Concours international de composition pour quatuor à cordes du Quatuor Molinari (2001-2002)

Olga Ranzenhofer,
directrice artistique

Nous sommes fiers et heureux de vous présenter les oeuvres gagnantes du Deuxième Concours international de composition du Quatuor Molinari. Ce Concours permet au Quatuor Molinari de poursuivre son mandat de création tout en découvrant de jeunes talents d’à travers le monde. Un appel international a été lancé aux compositeurs de moins de 40 ans les invitant à nous soumettre une oeuvre inédite pour quatuor à cordes. L’oeuvre devait avoir une durée maximale de 20 minutes. Tout comme pour la première édition du Concours (2002) la réponse a été très impressionnante; nous avons reçu 129 partitions de quatuors provenant de 38 pays, couvrant les cinq continents.

Les gagnants ont été choisis par un jury composé des sept membres suivants : les trois compositeurs canadiens José Évangelista de Montréal, Alexina Louie de Toronto et Michael Matthews de Winnipeg et bien entendu les musiciens du Quatuor Molinari : Jasmine Schnarr, Julie Trudeau, Johannes Jansonius et moi-même. Le Quatuor Molinari remercie chaleureusement les compositeurs membres du jury pour leur travail et leur probité dans le cadre de leur participation au choix des lauréats.

Cette cuvée 2005 est d’une diversité et d’une richesse étonnantes. Les oeuvres primées sont tantôt inspirées de musique traditionnelle de la culture indo-malaise, tantôt élaborées à partir d’une progression d’intervalles ou de variation de timbre; elles sont de caractère mystique ou de contenu émotionnel chargé. Les quatre lauréats nous ont comblés par la nouveauté de leur langage et leur sens permanent de l’invention musicale. Nous sommes heureux de présenter ici le résultat de leur travail.


Tazul Izan Tajuddin, premier prix

Tazul Izan Tajuddin est né en Malaisie en 1969. Il étudie d'abord la musique à la Universiti Teknologi MARA (Malaisie) puis poursuit des études de composition à la Carnegie Mellon University (Etats-Unis) et y obtient une maîtrise en composition. Il complète ensuite ses études doctorales à l'Université de Sussex en 2002. Certaines de ses œuvres, comme les cycles Arabesque et Tenunan, sont marquées par les cultures orientales, notamment malaise et indonésienne, ainsi que par l'art géométrique islamique et une vision multiculturelle contemporaine.

Au nombre de ses professeurs, on compte Leonardo Balada, Juan Pablo Izquierdo, Martin Butler, Jonathan Harvey, Michael Finnissy, Franco Donatoni (Festival Manuel de Falla en Espagne), ainsi que des rencontres avec Brian Ferneyhough (lors de IRCAM 2001 à Paris) et avec Iannis Xenakis à Pittsburgh et à New York. En 1999, Henri Dutilleux le qualifiait de " compositeur très finement doué " dont la musique " semble révéler un tempérament original, épris à la fois de rigueur et d'esprit novateur ". En 2003, ses oeuvres étaient présentées dans le cadre du Asian Music Festival et il recevait une invitation de Toshio Hosokawa pour participer au Takefu International Music Festival (Japon).

Il s'est mérité le premier prix du Toru Takemitsu Composition Award 2002 (attribué par Joji Yuasa), le premier prix du Huitième concours international de composition de musique de chambre 2003, le premier prix du 21st Japan Society of Contemporary Award 2004 ainsi que le New Millennium Composition Award 2005 (Conservatoire de Birmingham). Il était également finaliste lors du Concours de composition Edvard Grieg tenu en 2000 et de l'édition 2001 de la Derek Shiel Sound Sculpture Composition Competition.

Dans le cadre du projet Adopt a Composer Scheme 2002/03, la British Society for Promotion of New Music a retenu la candidature de M. Tajuddin pour être le compositeur en résidence du Hertford Symphony Orchestra. Ses œuvres ont été jouées en Asie, en Europe, en Australasie et en Amérique du Nord par la BBC Symphony Orchestra, le London Sinfonietta, le Tokyo Philharmonic Orchestra, le Carnegie Philharmonic Orchestra, le Malaysian Philharmonic Orchestra, le Malaysian National Choir and Orchestra, les ensembles Alter Ego (Italie), Art Respirant (Japon). Ses œuvres ont aussi été diffusées au Japon, en Espagne, au Royaume-Uni, au Danemark, en Australie et en Nouvelle-Zélande. En 2005, une courte pièce pour piano sera publiée par la ABRSM/Oxford University Press et une autre oeuvre pour piano sera créée au Kettle's Yard de l'Université de Cambridge.

M. Tajuddin dirige également ses œuvres et vit actuellement à Londres.


Mediasi Ukiran - Tenunan VIII (2004)

Tazul Izan Tajuddin, premier prix

Le titre, Mediasi Ukiran, est en malais et signifie "Médiation de l’ornement", d’après un livre de Oleg Grabar, un spécialiste de l’art islamique. Le titre en malais témoigne de l’influence de mon patrimoine culturel. Deux sources principales ont inspiré ces oeuvres : d’abord la culture indo-malaise, puis l’art géométrique et architectural islamique. Les partitions sont écrites pour instruments occidentaux, toutefois les dimensions du son, de la composition (au sens d’organisation de matériaux) et de la notation marient des principes orientaux et occidentaux.

Le mot Tenunan tire son origine de termes malais signifiant « tisser ». Une traduction plus adéquate donnerait plutôt « morceau de matériel tissé ». L’oeuvre est pensée en « textures » où toutes les composantes (hauteurs, techniques de jeu, dynamiques, tempis et forme générale) sont étroitement liées pour constituer une sonorité en entrelacs, une sorte de « tissu sonore ».

L’œuvre est élaborée à partir de 5 séries de hauteurs et de 7 séries de valeurs numériques. Ces séries s’entrelacent au fil des 28 brèves sections qui composent la pièce. Les séries de hauteurs sont transposées du grave à l’aigu et certaines d’entre elles sont fracturées dans leurs registres. Certains gestes chromatiques et intervalles de prédilection (notamment la seconde mineure) sont utilisés à des fins d’ornementation.

La sonorité d’ensemble devrait être fluide, en transformation perpétuelle avec des sonorités délicates et évanescentes. L’oeuvre commence par une attaque soudaine, évoquant la sonorité du mot Kebyar, comme dans le Gamelan Gong Kebyar, qui signifie « s’enflammer brusquement, éclater ». Avec cette attaque initiale, le son s’enflamme, éclate et libère tous les motifs finement entrelacés et qui s’intègrent les uns aux autres.

Tout au long de la pièce, les motifs rythmiques sont organisés de façon aléatoire pour créer une évolution temporelle imprévisible. Avec cette organisation aléatoire, les motifs sont générés de manière organique et dans l’esprit du « rasa » (un mot sanskrit utilisé en malais), qui signifie interpréter les motifs rythmiques avec expression et imagination, dans l’esprit même de la composition.

Cette oeuvre a été composée expressément pour le Concours international de composition du Quatuor Molinari 2004 et est dédiée à Henri Dutilleux pour son soutien.


 

Eun-Hwa Cho, deuxième prix

Eun-Hwa Cho est née à Pusan (Corée du Sud). Elle a travaillé avec Cheong-Iek Chang au département de composition du College of Music de la Seoul National University. Après l'obtention de son diplôme de maîtrise, elle s'est établie à Berlin où elle poursuit sa formation depuis l'an 2000 sous la direction de Hanspeter Kyburz.

Ses œuvres ont été présentées lors de nombreux festivals, notamment les Pan Music Festival, Pusan Contemporary Music Festival, Asian Composer League, Ultraschall, Internationale Ferienkurse für Neue Musik in Darmstadt.

Sa musique lui a valu de nombreuses récompenses, comme le premier prix du Hanns-Eisler Preis fur Komposition und Interpretation zeitgenössischer Musik (2002), le premier prix du Junge Musiker Preis (2002) ainsi que le premier prix du Quatrième Weimarer Fruehjahrstage Kompositions-wettbewerb (2003), etc.


Quatuor n° 2 (2004)

Eun-Hwa Cho, deuxième prix

Cette œuvre est une étude formelle, comprenant deux parties imbriquées l'une dans l'autre. Dans la première partie, plusieurs éléments sont constamment reconfigurés. Pendant la seconde partie, un processus harmonique spécifique devient l'élément prédominant. Chaque partie souligne la dimension harmonique, élaborée à partir d'une progression d'intervalles. Cette progression, comprenant 16 intervalles, constitue le noyau de chaque petite section. La progression intervallique entière apparaît clairement dans la partie d'introduction comme voix principale. Toutes les voix principales sont plus longues ou jouées plus fort que les voix secondaires.

Après l'introduction commence la section principale de la première partie. Les différentes configurations des éléments variés à même l'harmonie (et déduites de la progression d'intervalles) jouent un rôle primordial dans la première partie. Dans la deuxième partie, amorcée dès le milieu de la première partie, la progression d'intervalles exprimée lors de l'introduction se confond abstraitement aux sons communs. Ces hauteurs sont soulignées par l'usage de la scordatura. Les accords sont donc constitués par quatre sons joués en scordatura à la fin de la deuxième partie.

La variation de timbre créée permet de distinguer la première partie de la seconde. Deux processus précis articulent la seconde partie : les quatre instruments y sont progressivement réaccordés comme suit : violon 1 : ré à ré bémol; violon 2 : sol à fa, ré à do; alto : sol à sol bémol, do à do bémol (si); violoncelle : la à la bémol, do à si bémol. Le timbre est alors différent du timbre de la première partie. D'autre part, la dimension harmonique évolue du registre grave à un registre plus aigu. À la toute fin, les accords ne sont plus constitués que de sons harmoniques.


Alexios Porfyriadis, troisième prix

Alexios Porfyriadis est né en 1971 à Thessalonique (Grèce). Entre 1993 et 1998, il se méritait des diplômes en piano, harmonie, contrepoint et fugue au Conservatoire national de musique. Entre 1997 et 2002 il étudiait la composition à la University of Music and Performing Arts de Graz, en Autriche, dans la classe de Gerd Kuehr, pour y recevoir ensuite avec distinction un diplôme de fin d'études en composition Magister Artium. En 2003 il complétait un programme d'études post-doctorales en composition avec Beat Furrer. Il a également pris part à des séminaires de composition de Erich Urbanner (Autriche), Emmanuel Nunes (France), Mathias Spahlinger (Allemagne) et York Hoeller (Allemagne).

De nombreuses bourses d'études lui ont été attribuées, notamment par le ministère autrichien de la science et de la culture, la University of Music and Performing Arts de Graz, la Fondation Carl Michael Ziehrer, le Music Award de la ville de Graz, ainsi que la bourse d'État en composition attribuée par la République d'Autriche.

Ses œuvres ont été interprétées en Autriche, en Grèce, en Croatie, en Pologne, en Allemagne et en Belgique. Il a reçu des commandes du Groupe Ensuite (Autriche), de la Gruene Akademie Graz (Autriche), du Duo Penelopi Papathanasiou – Andreas Gomoll (Allemagne), de l'Ensemble Tourlou (Belgique), ainsi que de la formation Vokalsolisten Graz (Autriche).


Dromena (2004)

Alexios Porfyriadis, troisième prix

Le terme Dromenon, tiré du grec ancien, est utilisé pour qualifier une représentation à caractère religieux, magique, un spectacle sacré rappelant les cérémonies religieuses. La musique contemporaine, libérée des règles du passé (en conservant toutefois ses éléments toujours fertiles) évoque aussi ce caractère mystique et magique. Elle permet de nombreuses interprétations potentielles tout en offrant aux auditeurs une multitude de lectures.

En concevant Dromena, j'ai voulu intégrer ces éléments du passé qui restent fertiles : le geste musical, la structure dramatique, ainsi que le caractère paisible de la deuxième partie. Cela étant dit, l'œuvre n'est pas construite de façon traditionnelle.

Mes Dromena sont une série de rituels musicaux de durées variables à partir desquels les musiciens du quatuor font leur choix pour créer leur propre rituel magique, leur propre Dromenon idéal.

Chacun des Dromena est constitué d'un matériau musical restreint et serré. Ainsi, quel que soit le Dromena utilisé par les musiciens, le résultat, du moins en ce qui a trait au matériau, aura une structure caractéristique. Il appartient aux interprètes de choisir et de réunir les Dromena avec imagination pour arriver à créer une représentation intéressante et magique pour les auditeurs.


Sixto Manuel Herrero Rodes, mention honorable

Né à Rafal (Espagne), Sixto Manuel Herrero Rodes a d’abord étudié le solfège et le saxophone avec Gabriel García et José Mirete avant de poursuivre son apprentissage du saxophone avec Jaime Belda, de la composition avec Ramón Ramos ainsi que de la direction avec Manuel Galduf. Il a ensuite perfectionné sa technique instrumentale auprès de J. M. Londeix, de Daniel Deffayet ainsi que de Marie-Bernardette Charrier.

Il a pris part à l’enregistrement d’un CD de musique contemporaine espagnole, participé à de nombreux concerts à titre de soliste et membre de l’orchestre symphonique de San Vicente, de l’orchestre de chambre de la Ville d’Elche, ainsi que de la Philharmonie de Saint-Jacques de Compostelle. Il est également membre et directeur artistique du quatuor de saxophones Ars Musicandum.

M. Rodes a enregistré, à titre de chef cette fois, les CD Prima Luce et Jarcia avec l’ensemble de saxophones Zambra. Il a aussi dirigé l’orchestre Ciudad de Elche lors d’une participation remarquée au Rencontres méditerranéennes du saxophone à Alicante.

Ses propres œuvres pour le saxophone sont souvent marquées par des influences extra-musicales. Il a composé des œuvres étonnantes pour orchestre et ensembles, en plus des cycles Podemos hablar et Viajeros al tren. On lui a décerné des mentions d’honneur lors du deuxième concours de composition de musique sacrée Fernando Rielo (Rome).

En juillet 2003, il donnait une prestation lors du 13e Congrès mondial du saxophone, tenu à la Minnesota University, en présentant Mácula, un spectacle musical composé, interprété et dirigé par lui-même. Il est également l’auteur de la musique du court-métrage XIII, de Fernando Canet.

Il enseigne actuellement la composition au Conservatoire Manuel Massotti Littel de Murcia en Espagne. Chef attitré à l’école de musique de Montesinos, il est en outre directeur artistique du groupe de musique contemporaine Areté et rédige sa thèse de doctorat en musique à l’Université polytechnique de Valence.


Ignotalias (2002)

Sixto Manuel Herrero Rodes, mention honorable

Ce quatuor à cordes, complété le 23 janvier 2002, est élaboré à partir de R.A.M.I. (souvenirs d'enfance), terminée le 30 mars 1996. L’œuvre est entièrement écrite dans un seul mouvement et les différents degrés de pressions – de minimale à maximale – exercées sur l’archet forment un timbre multiforme qui crée un continuum de modulations émotionnelles et expressives.

La non-détermination sonore est le résultat d’un cluster constitué par les sons, les hauteurs indéfinies, les glissandis d’intervalles ainsi que les soudaines variations d’intonation créées par des vibratos extrêmes. La dimension rythmique est constamment marquée par le mouvement répétitif des sons.


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