Chmoulevitch, Eggert, Edwards, CollaConcert des lauréats du Premier Concours international de composition du Quatuor Molinari

livret

Œuvres de Vsevolod Chmoulevitch, Moritz Eggert, Wolf Edwards et Alberto Colla
Interprétées par le Quatuor Molinari

Enregistrement de concert et réalisation : Johanne Goyette
Salle Redpath, Université McGill, Montréal
15 novembre 2002
Adjoints à la production : Sarah Elola, Jacques-André Houle
Couverture du livret : Hommage à Mondrian (2000), Guido Molinari
Graphisme : Diane Lagacé


Concours Molinari

1:05:40

1-2 — Quatuor à cordes « Romantique » (19:24)
Vsevolod Chmoulevitch (Russie 1970) — 1er prix
1- I. (8:39)
2- II. (10:45)

3 — Kleine Fluchten (Little Hideaways) (16:22)
Moritz Eggert (Allemagne 1965) — 2e prix

4 — Island (11:03)
Wolf Edwards (Canada 1972) — 3e prix

5-6 — Quartetto In memoria di Sergej Prokofiev (17:51)
Alberto Colla (Italie 1968) Mention honorable
5- Allegro (6:45)
6- Largo (11:06)


Le Premier Concours international de composition pour quatuor à cordes du Quatuor Molinari (2001-2002)

Olga Ranzenhofer

En automne 2001, le Quatuor Molinari lançait son Premier Concours international de composition. Nous sommes fiers de vous présenter ce disque des œuvres gagnantes, enregistré sur le vif lors du concert des lauréats en novembre 2002. Les membres du jury étaient les musiciens du Quatuor Molinari ainsi que les compositeurs Denis Gougeon, R. Murray Schafer et Gilles Tremblay que nous remercions chaleureusement pour leur travail.

Permettez-moi de vous rappeler qu’un appel international a été lancé auprès des compositeurs de moins de 40 ans afin que ces derniers soumettent au Concours une œuvre inédite pour quatuor à cordes d’une durée maximale de 20 minutes. Notre appel a été entendu car 222 partitions de 39 pays ont été reçues par le Quatuor Molinari ! Ce succès de participation nous a comblés; mais il nous a aussi surpris, compte tenu des délais et de la nouveauté de notre Concours. L’étendue géographique des 39 pays concernés recouvre les cinq continents et toutes les latitudes; ce fut là une autre surprise de taille pour le Molinari.

Le niveau artistique des partitions reçues ayant été considéré par le jury comme étant très élevé, nous avons choisi de décerner non pas trois mais quatre prix. Le présent enregistrement vous fera découvrir quatre jeunes compositeurs dont le langage musical est à la fois très personnel et original.

Les œuvres primées nous montrent — s’il le fallait encore — que le quatuor à cordes est bien vivant et qu’il peut prendre des chemins à la fois diversifiés, riches et passionnants.


Vsevolod Chmoulevitch, premier prix

Né en décembre 1970 en Russie, Vsevolod Chmoulevitch a fait ses études au Conservatoire de Saint-Pétersbourg avec Boris Tistchenko et à Lyon avec Gilbert Amy. Il a aussi fait partie des élèves du Conservatoire Américain de Musique et d’Art de Fontainebleau et a travaillé avec Philippe Manoury dans le cadre de l’Académie Musicale Européenne du Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence.

Vsevolod Chmoulevitch est vainqueur de plusieurs concours internationaux dont le Tenth International Competition for Young Composers à Hitzacker, dès 1992, jusqu’au Concours Henri Dutilleux à Saint-Pierre-des-Corps, en 1999.

Ses œuvres ont été commandées entre autres par la Fondation Soros, l’Académie Européenne du Festival d’Aix-en-Provence, la Fondation Oskar Back, l’Ensemble Orchestral Contemporain de Lyon, l’Ensemble Inter-Instrumental de Châteauroux, l’Académie Musical de Villecroze et l’Usedommer Festival. Fondateur de l’ensemble New Music Group (Saint-Pétersbourg) Vsevolod Chmoulevitch dirige ses propres œuvres de même que celles d’autres compositeurs contemporains à la tête d’ensembles et d’orchestres divers en France et en Russie. Il travaille dans le domaine du théâtre avec, notamment, Lev Dodine et est l’auteur d’une comédie musicale, Aibolit et Barmalei, pour le Théâtre Jeune Public de Saint-Pétersbourg.

La musique de Vsevolod Chmoulevitch est créée par des ensembles et orchestres divers (Court-Circuit, Cleveland Chamber Symphony, EOC de Lyon, Noordhollands Philharmonisch Orkest, Danel Quartet, Ensemble Novicento, Musica da Camera…) dans le cadre de festivals internationaux (Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence, Musique en Scène à Lyon, Gaudeamus Music Week, Sound Ways à Saint-Pétersbourg…) et dans des concerts en Russie, France, Allemagne, Italie, aux États-Unis et aux Pays-Bas.


Quatuor « Romantique » (2001)

Vsevolod Chmoulevitch, premier prix

Le temps qu’il m’a fallu pour écrire ce quatuor ! En effet, ce projet est devenu une sorte de laboratoire où, pendant une période de trois ans, toutes mes idées les plus originales ont pris la forme d’un passage pour quatuor à cordes. Et même si la trame était établie dès le début, le contenu changeait et se modifiait sans cesse. L’étape finale a consisté à réunir tous ces éléments de « patchwork » à l’intérieur d’une seule structure globale, en accord avec la dimension dramatique et, je dirais, le « message » que je voulais mettre en valeur.

J’avais deux préoccupations majeures : développer au maximum la complexité de mon langage (car elle serait associée au « professionnalisme ») tout en cherchant à la rendre accessible aux interprètes, et arriver par des moyens d’inspiration post-sérielle (et donc sur un mode plutôt figuratif) à construire un discours que je qualifierais de «romantique» — d’où le titre. Il y avait un autre enjeu : écrire une musique rapide qui ne serait pas trop brève : c’est un des problèmes du compositeur, écrire beaucoup de notes qui passent toujours trop vite!

Le quatuor est divisé en deux mouvements : le premier, extraverti et actif, le second, plus introverti, sorte de réaction au premier (je parle ici de façon très générale). Aussi, chaque mouvement contient deux parties, ce qui divise la forme en 4 épisodes qui adoptent un schéma allegro – scherzo – adagio – allegro (avec la reprise du matériau du premier épisode). Voilà qui renvoie à une forme sonate mixte, pratiquée avec tant de bonheur à l’époque romantique et dont Liszt serait le premier représentant. C’est une deuxième raison qui explique le titre que j’ai donné à ce quatuor.

Un examen de la partition montrera un travail poussé sur le rythme. En effet, deux principes s’opposent, suivant le caractère du matériau. Dans le premier cas, les lignes sont notées avec des valeurs précises, pour obtenir un caractère expressif. Dans le deuxième, les lignes aléatoires (mais quand même gérées par la pulsation extérieure) procèdent d’un monde plus destructeur (et pour cause) qui finira par absorber le premier — un autre principe romantique !

Finalement, la troisième « tache » romantique se manifeste dans l’harmonie. En effet, le premier accord, d’une sonorité intense, fait penser à Scriabine ou à Schoenberg et devient thème, en empreignant d’abord les structures verticales, puis en revenant d’une manière scandée et obsessionnelle dans le quatrième épisode.


 

Moritz Eggert, deuxième prix

(Traduction : Marc Hyland)

Moritz Eggert est né à Heidelberg en 1965. Après des études de piano commencées alors qu’il était enfant, il entreprend sa formation musicale au Dr. Hoch’s Konservatorium de Francfort, étudiant d’abord le piano (avec Wolfgang Wagenhäuser) et la théorie, puis la composition avec Claus Kuehnl. Après ces études, il travaille le piano avec Leonard Hokanson à la Musikhochschule de Francfort. En 1986, il s’installe à Munich pour étudier la composition avec Wilhelm Killmayer à la Musikhochschule Muenchen. Il poursuivra ensuite ses études de piano auprès de Raymund Havenith à Francfort, et son étude de la composition avec Hans-Jürgen von Bose à Munich. En 1992, il s’installe à Londres où il poursuit des études de troisième cycle en composition avec Robert Saxton, à la Guildhall School for Music and Drama.

Son partenaire musical principal est le violoncelliste Sebastian Hess. En 1996, Moritz interprétait pour la première fois en concert les œuvres complètes pour piano solo de Hans Werner Henze, un programme qui s’est avéré populaire et qu’il continue d’ailleurs de présenter. Il fut en 1989 l’un des lauréats de la International Gaudeamus Competition for Performers of Contemporary Music.

À titre de compositeur, Moritz Eggert a reçu plusieurs distinctions, notamment le prix de composition du Salzburger Osterfestspiele, le prix Schneider/Schot, le prix Ad Referendum de Montréal, le Siemens Förderpreis pour jeunes compositeurs et le Prix Zemlinsky.

En 1991, avec Sandeep Bhagwati, il fondait le A*Devantgarde festival for new music, dont la 6e édition avait lieu en juin 2001. Son œuvre-fleuve pour piano solo intitulée Haemmerklavier a remporté depuis sa création un succès international tant auprès de la critique que des mélomanes.

Le catalogue de Moritz Eggert comprend des œuvres pour tous les genres musicaux — notamment 6 grands opéras et des ballets, ainsi que des partitions pour la danse et le théâtre musical comportant de nombreux éléments originaux liés à la performance. En 1997, la télévision allemande réalisait un long-métrage documentaire sur sa musique.

Parmi ses œuvres les plus récentes, on remarque le cycle pour voix et piano Neue Dichter Lieben, qui occupe toute la durée d’un concert et comporte vingt poèmes d’amour d’auteurs allemands contemporains, ainsi que Scapa Flow pour orchestre.

On lui a commandé deux nouveaux opéras avec les metteurs en scène réputés Hans Neuenfels et Claus Guth (2004/2005).


Kleine Fluchten (Little Hideaways) (1993)

Moritz Eggert, deuxième prix, 10 septembre 2002
(Traduction : Marc Hyland)

 

J’ai toujours été fasciné par cette phrase célèbre qui se trouve au début des Chants de l’innocence de William Blake : « Voir un monde dans un grain de sable ». Voilà qui, à mon sens, appelle un autre dicton, également fondamental dans mon travail  : « Ce n’est pas tant ce qu’on regarde qui importe que la façon dont on regarde. »

Des considérations comme celles-ci m’ont souvent amené à explorer des « objets trouvés » musicaux, non pas des citations d’autres œuvres, mais plutôt des « restes » de mon imagination, ou en d’autres termes  : utiliser la première idée qui vient à l’esprit, non pas l’idée réfléchie ou hyper-analysée, mais bien l’idée dans sa forme la plus pure. Little Hideaways a commencé ainsi — une mélodie vaguement folklorique m’est venue à l’esprit et je l’ai utilisée, sans manipulation aucune, en me laissant guider par ma seule intuition. Un peu comme quelqu’un qui entrerait dans une pièce remplie d’objets et choisirait (ou décrirait) la première chose qui attire son attention, une technique qu’on utilise d’ailleurs en psychothérapie.

Qu’arriverait-il si je scrutais cette mélodie de façon obsessionnelle, comme un grain de sable ? Et si la microstructure de la mélodie devenait la macrostructure de l’œuvre ? Et si les durées de chaque son correspondaient aux durées des mouvements (enchaînés eux aussi sans interruption, comme les sons de la mélodie elle-même, à la manière d’un code secret) ? Et si chacun de ces sons devenait le son principal de chacun des mouvements, pour que les mouvements eux-mêmes forment une méta-progression mélodique reproduisant la mélodie originale?

Divers procédés comme ceux-ci ont été utilisés dans la composition. Plus je me fixais de contraintes, plus grand était mon désir de les dépasser, afin que le résultat musical transcende ces «obstacles» (une approche très stravinskienne, dois-je avouer).

En bout de ligne, la musique est devenue une incursion dans les replis secrets de l’imagination d’un compositeur, mais une aventure dont la trajectoire aurait été épurée et dénudée, pour le plaisir et la compréhension de l’auditeur.

« Il n’y a rien de plus pénible que la fin de quelque chose et pourtant c’est en lâchant prise que l’on trouve le plus grand sentiment de liberté. La fin se transforme alors en un nouveau commencement et la vie reprend le dessus. » — Peter Brook


Wolf Edwards, troisième prix

(Traduction  : Marc Hyland)

Wolf Edwards, né à Montréal le 12 novembre 1972, a fait ses études à la University of Victoria, où il a obtenu un diplôme en composition et en théorie. De nombreuses récompenses lui ont été décernées, notamment le University of Victoria Fellowship (Victoria, 2002), le premier prix du Concours international de composition Cordes du Futur (Ottawa, 2001), le prix de composition Sonic Boom (Vancouver, 2000) ainsi que le Murray Adaskin Prize in Composition (Victoria, 1997). De plus, ses œuvres ont été interprétées par de prestigieux ensembles comme les Solistes de Sofia, Tzenka Dianova et le Quatuor Arditti, lors de festivals internationaux présentés en Europe et en Amérique du Nord. M. Edwards vit et travaille à Victoria (C.-B.) avec sa famille.

« À partir de l’âge de trois ans, ma famille a habité diverses régions du Canada, avant de s’établir dans la partie inférieure nord de la Colombie-Britannique. À onze ans, nous nous sommes installés dans une communauté rurale sur la côte ouest de l’Île de Vancouver. Après avoir terminé mes études au collège, j’ai déménagé à Victoria (Colombie-Britannique) et commencé à faire des spectacles et des tournées avec différents groupes musicaux très engagés.

« C’est à cette époque que j’ai fondé une famille et complété un diplôme en composition musicale à la University of Victoria. Après l’obtention de ce diplôme, ma famille et moi avons résidé à Montréal pendant deux années, au cours desquelles j’ai occupé divers emplois à temps partiel et poursuivi des études autodidactes en musique et en art. Nous sommes ensuite retournés à Victoria.

« Au cours de ma jeune "carrière" dans le monde de la musique classique, j’ai eu l’honneur de recevoir des récompenses à l’occasion de concours et de prestations, au pays et à l’étranger. Ma passion première est de travailler directement avec les interprètes spécialisés en musique contemporaine pour découvrir de nouvelles possibilités d’expression musicale. »


Island (2001)

Wolf Edwards, troisième prix
(Traduction : Marc Hyland)

Island est constituée de blocs que j’ai conçus indépendamment les uns des autres, afin de leur donner des propriétés distinctes. L’«identité» de chaque état varie selon l’agencement formel des divers éléments musicaux.

Formalismes
Le rythme est exploré de quatre façons différentes. Une des structures intègre certaines des idées avancées par le théoricien grec Aristoxène (v. 375-60 av. J.-C.) dans son ouvrage inachevé sur le rythme.

Elle est associée à un état plus stable où les durées sont exprimées exclusivement en doubles et en triples croches. Ces deux idées trouvent leur contrepoids dans une autre paire réunissant des notations de sons spatialisés et une construction sur des fragments rythmiques préexistants. Le matériau des hauteurs est dérivé de quatre séries de dimension et de structure variables. Les séries ne reconnaissant pas les équivalences d’octave, les répétitions de notes deviennent possibles au niveau structurel. Les sonorités évoluent fréquemment entre hauteur traditionnelle, timbre variable et échelles en quarts de ton. Elles servent, tout comme le rythme, à créer des contrastes entre les états musicaux.

Modèle
Mon intention était de concevoir une structure musicale ouverte où le formalisme serait présent sans toutefois avoir préséance. Les états, bien que relativement autonomes, y constituent un tout par le jeu d’interactions dynamiques. Ils sont en quelque sorte forcés de se partager un espace et doivent ainsi tendre vers l’harmonie. L’harmonie ne peut exister que par une médiation entre auto-détermination et communication. Une fois ces forces médiatrices mises en œuvre, les forces agissantes de n’importe quel(s) système(s) se verront sapées et remplacées.


Alberto Colla, mention honorable

Alberto Colla est né à Alessandria en 1968. Il a fait ses études de composition avec C. Mosso et R. Piacentini et, plus tard, il a été l’élève d’Azio Corghi à l’Académie Internationale de «Santa Cecilia» à Rome où il a obtenu, comme meilleur diplômé en 1998, la bourse d’études SIAE. Il est récipiendaire d’un premier prix dans les concours internationaux suivants : «G. Verdi» de Parme, «Abu Ghazaleh» de Paris, «The Dimitris Mitropoulos» d’Athènes, «BMW - Musica Viva» de Munich, «E. Grieg» d’Oslo, «2 Agosto» de Bologne avec Mention d’honneur du Président de la République d’Italie, «C. Gesualdo da Venosa» de Potenza, «M. Pittaluga» d’Alessandria, «F. Margola» de Brescia. Ses œuvres ont été présentées dans de nombreux festivals et ont été enregistrées pour la radio et la télévision par des orchestres prestigieux en Europe, aux États-Unis, en Israël et au Japon.

Son opéra lyrique Il processo a été exécuté au Teatro alla Scala de Milan lors de la saison lyrique 2001-2002 et au Théâtre «R. Valli» de Reggio Emilia. En 2002, Luciano Berio lui a commandé une nouvelle composition pour chœur et grand orchestre symphonique pour l’inauguration du nouvel Auditorium projeté par Renzo Piano à Rome. En 2002-2003, son œuvre Le rovine di Palmira aura été exécutée à Florence et puis à Los Angeles dans le cadre de la saison de la Los Angeles Philharmonic Orchestra sous la direction de Roberto Abbado.

Alberto Colla a axé sa recherche musicale sur le «polystylisme», sur la limite entre citation, transcription, parodie et suggestion, sur la «nostalgie» des idées et du climat musical du passé (il a travaillé sur des matériaux de Baldassare Galuppi, Ludwig van Beethoven, Robert Schumann, Franz Liszt, Frédéric Chopin, Nikolaj Rimskij Korsakov, Edvard Grieg, Kurt Weill, Robert Russell Bennett, Igor Stravinsky, etc.) sur la manipulation du matériel de la monodie sacrée européenne et sur les techniques musicales des cultures extra européennes (Égypte et Moyen-Orient, zone de la Mésopotamie, Indonésie) et des cultures d’intérêt ethnologique (Afrique centrale et zone de l’Amazonie).

M. Colla est professeur de composition à l’Académie Internationale Supérieure de musique «L. Perosi» de Biella.

Ses compositions sont éditées par BMG-Casa Ricordi, par Casa Sonzogno de Piero Ostali de Milan et par Universal de Vienne.


Quartetto in memoria di Sergej Prokofiev (2002)

Alberto Colla, mention honorable

Ce Quartetto in memoria di Sergej Prokofiev est un hommage que je rends au grand compositeur russe à l’occasion du cinquantième anniversaire de sa mort en 2003. C’est pourquoi le premier mouvement de mon œuvre commence par un thème rappelant le thème initial du premier quatuor en si mineur opus 50 de Prokofiev. Ce thème d’ouverture évolue ensuite tout naturellement dans une direction radicalement différente de celle de Prokofiev. Pour moi, les citations musicales intégrées dans le cadre d’un hommage peuvent générer un type de composition «évolutionniste» dont le potentiel est étonnant. Je pourrais qualifier cette approche de la composition de «polystylisme contextuel».

Dans notre imagination, les monstres sont souvent fruit de la juxtaposition de diverses parties provenant de différents animaux. De la même façon, dans un art polystyliste, la fusion de différents styles et techniques en apparence historiquement et géographiquement irréconciliables peut se faire avec beaucoup de naturel. Mais pour moi, le polymorphisme musical (constitué au moyen de citations et de styles variés) n’est pas qu’un simple geste prométhéen limité au tragique et au monstrueux. En fait, le polymorphisme en musique procède d’une nécessité esthétique et expressive et se manifeste tant au niveau temporel que géographique, créant ainsi un lien avec les générations passées et avec nos contemporains de par le monde. Les approches temporelles sont contenues dans le cycle des générations. Il s’agit de connaître, de comprendre et de réévaluer les expériences des compositeurs des générations passées. Les approches géographiques, pour leur part, tirent leur origine d’une communication interculturelle.

Aujourd’hui, en effet, la communication entre les cultures est un fait indiscutable, riche en possibilités et à mes yeux essentiel pour une compréhension de plus en plus globale du monde.

Ce quatuor compte deux mouvements enchaînés sans interruption. Le premier mouvement est un Allegro et le second, un Largo au caractère recueilli et mélancolique.


Quatuor Molinari 2009 tous droits réservés